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L’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord a décidé de renouer le dialogue avec la Russie à la faveur d’une réunion de ses ministres des Affaires étrangères, jeudi à Bruxelles, en présence pour la première fois de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton. Six mois après la crise entre Russes et Occidentaux consécutive à l’intervention de l’armée russe en Géorgie, les intérêts stratégiques des seconds ont prévalu pour convaincre de la nécessité de tourner la page. Les grandes puissances au sein de l’Otan, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, y étaient favorables. Malgré des réserves initiales, les derniers pays réticents, baltes et d’Europe centrale, s’y sont ralliés. La Lituanie a été la plus critique sur l’opportunité d’une détente aussi rapide.

Celle-ci se traduira par la tenue d’un Conseil Otan-Russie à la suite du sommet du 60e anniversaire de l’organisation, les 3 et 4 avril, à Strasbourg et à Kehl. "C’est un pas dans la bonne direction. Au bout du compte, le bon sens l’a emporté", a commenté aussitôt le ministère russe des Affaires étrangères.

L’évolution sécuritaire en Afghanistan est un dossier qui requérait, dans l’entendement occidental, l’apaisement des relations avec la Russie. Les ministres des Affaires étrangères de l’Otan l’ont examiné lors de leur réunion de jeudi, principalement à la lumière de la nouvelle stratégie américaine qu’Hillary Clinton a exposée à ses collègues (lire aussi en page 13). "Il est temps d’explorer un nouveau départ, a-t-elle commenté. Nous pouvons et nous devons trouver les moyens de travailler de manière constructive avec la Russie là où nous avons des intérêts communs, notamment pour aider le peuple d’Afghanistan." La stabilisation de ce pays est "la" priorité que le président Barack Obama a fixée à son administration en matière de politique étrangère. Un objectif partagé sans réelle réserve par la Russie; ce qui n’est pas nécessairement le cas d’autres dossiers où une meilleure coopération avec Moscou est souhaitée. Il en va ainsi du dossier nucléaire iranien à propos duquel les intérêts économiques russes - Moscou a construit la centrale nucléaire de Boucher - ne sont pas forcément conciliables avec l’impératif de suspension de l’enrichissement d’uranium fixé par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Ainsi, la proposition américaine de collaboration sur le dossier iranien, en faisant miroiter un renoncement à l’implantation des éléments européens du bouclier antimissile, n’a pas eu l’heur de ravir les dirigeants russes.

Le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, ne s’est du reste pas voilé la face sur les écueils qui subsistent entre l’organisation et la Russie. "N’oublions pas qu’il y a bon nombre de domaines dans lesquels nous avons des divergences de vues fondamentales et où nous pensons que la Russie devrait changer de position", a-t-il commenté, dans une allusion, notamment, à la reconnaissance par Moscou de l’indépendance des régions géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud.

Les sujets de discussions ne manqueront donc pas lors de la tournée en Europe de Barack Obama, que Mme Clinton a annoncée jeudi : du 31 mars au 5 avril, le Président se rendra au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et en République tchèque. Mais pas à Bruxelles