International

Un prédicateur sunnite, tristement célèbre pour avoir demandé de passer les alaouites collaborant au régime syrien " au hachoir ", a fait une apparition remarquée début octobre à Idlib, dans le nord de la Syrie, lors de l’inauguration du commandement nord de l’Armée syrienne libre (ASL).

Adnan Arour, la barbe teinte au henné, est apparu sur des images exclusives d’Al-Jazeera, dans une tribune, au beau milieu d’anciens officiers de l’armée syrienne, ayant rejoint l’opposition armée à Idlib. "J’ai trouvé important qu’il soit le seul ouléma à être invité à cette réunion. Il a probablement été invité par les militaires", souligne Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie à l’université d’Edimbourg. Pour l’expert belge, sa présence souligne l’intérêt que les Saoudiens portent à une rébellion strictement organisée autour d’ex-cadres de l’armée. "Contrairement à ce que l’on croit, l’Arabie saoudite se méfie des groupes islamistes" qui gravitent autour de l’ASL, dit Thomas Pierret. "On ne sait jamais quand cela va s’arrêter". Et Adnan Arour professe une rébellion autour du drapeau national, qui exclut les mercenaires étrangers.

Arour est un ancien soldat syrien qui a fui sa ville natale, Hama, en 1982 après un terrible massacre commis par l’armée de Hafez al-Assad. Entre 7 000 et 35 000 sympathisants des Frères musulmans avaient été tués dans ce massacre fondateur de la résistance des sunnites contre le clan Assad.

L’homme se rendit en Arabie saoudite où il épousa les thèses salafistes. Il s’est fait connaître à partir de 2006 comme prédicateur antichiite à la chaîne de télévision saoudienne Al-Safa. Au début de la révolte syrienne en 2011, il a pris fait et cause pour la rébellion et lancé sur la chaîne koweïtienne Wissal-TV une émission dont le titre ne laisse aucun doute : "Avec la Syrie jusqu’à la victoire", une émission politico-religieuse de deux heures chaque semaine.

C’est lors d’une de ces émissions qu’il a divisé les alaouites en trois catégories : ceux qui ont soutenu l’opposition, ceux qui sont restés neutres, à qui rien ne sera fait, et puis ceux qui ont collaboré. "Ceux qui s’en prennent à des choses sacrées, ceux-là, on les passera au hachoir et on donnera leur chair aux chiens ", a-t-il lancé.

Télégénique, le personnage est populaire auprès des sunnites peu éduqués. Ses propos sont clairs, simples. En mai 2011, quand l’armée syrienne avait occupé la ville de Deraa, il avait appelé les habitants à monter sur les toits des immeubles et à crier " Allah ou akbar ".

Les oulémas plus modérés de Syrie lui reprochent son radicalisme tandis que des savants sunnites comme le cheikh Salih Al-Fawzan voient en lui un imposteur.

Mais les critiques les plus fortes viennent évidemment des alaouites, qui frémissent devant ses appels à la vengeance. Pour Bahar Kimyongür, un Belge d’origine alaouite turque, auteur du livre "Syriana", le cheikh Arour est "la bête de l’apocalypse syrienne" et sa présence en Syrie souligne combien les extrémistes ont pris le dessus. "Les fanatiques ont les moyens", s’inquiète Bahar Kimyongür. " Les démocrates, des deux côtés de la barrière, sont isolés."