International Correspondante à Strasbourg

Leila Shahid, la déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, est une habituée des plénières strasbourgeoises du Parlement européen. "J’essaye de venir à chaque fois, explique-t-elle, car, à mon avis, se trouve ici le véritable lieu démocratique de l’Union". Au cœur de ses préoccupations bien sûr, les relations qu’entretient l’Europe avec l’Autorité palestinienne d’une part et Israël de l’autre. Mercredi, Leila Shahid assistait à la conférence de presse des eurodéputés qui se sont rendus à Gaza le week-end dernier avant d’écouter la déclaration du Conseil et de la Commission à propos du conflit. Suivit ensuite un débat où fut évoquée une "résolution commune sur la situation dans la Bande de Gaza" qui sera votée ce jeudi. Texte de compromis, ce document ne fait pas mention de l’article 2 de l’accord de coopération Union européenne-Israël, un paragraphe qui soumet le partenariat au respect des droits de l’homme.

Shahid : "La conciliation édulcore"

L’omission inquiète Leila Shahid. "Je regrette que l’Union ait fonctionné par consensus, dit-elle. La conciliation édulcore. Sur un sujet de cette importance, j’aurais préféré que soient proposés différents textes plus ou moins fermes et l’on aurait vu celui qui émergeait. Un texte édulcoré nourrit la violence des citoyens d’origine arabe qui vivent en Europe. Ils ont l’impression que celle-ci n’applique pas les mêmes règles pour tous en ce qui concerne les droits de l’homme".

Bien que son groupe ait proposé au départ une résolution qui faisait référence au fameux article 2, Francis Wurtz, président du groupe communiste au Parlement européen, déclare pour sa part qu’il vaut mieux "une résolution moins bonne mais largement votée qu’une résolution excellente adoptée a minima". Il s’est donc rallié à la résolution commune qui souligne les souffrances des populations, appelle à un cessez-le-feu, réclame la levée du blocus de la Bande de Gaza et l’unification du territoire de celle-ci avec celui de la Cisjordanie. Est également abordée la question de l’intensification des relations entre l’Union européenne et Israël qui avait été soumise au Parlement au début du mois de décembre dernier. Le Conseil - à l’époque sous présidence française - souhaitait donner plus d’ampleur aux accords de coopération et le Parlement s’y était opposé en demandant que l’on attende de voir l’attitude d’Israël dans le conflit du Proche-Orient. Le 27 décembre, l’opération "Plomb durci" était lancée

Mais finalement, à l’heure où l’on débattait de Gaza à Strasbourg, le représentant de la Commission européenne en Israël, Ramiro Cibrian-Uzal annonçait qu’Israël et l’Union européenne avaient décidé de faire une "pause" dans leur processus de rapprochement, à la suite de l’offensive miliaire.

Selon lui la durée de cette pause dépendra de la manière dont le conflit se "stabilisera" et de la façon dont "Israël s’en sortira en tant que partenaire pour l’Union européenne". Une déclaration "diplomatiquement bilatérale", selon Francis Wurtz. L’Europe n’aurait pas osé en prendre seule l’initiative.