L’UE prendra-t-elle les devants ?

Olivier le Bussy Publié le - Mis à jour le

International

En l’absence persistante de toute avancée dans les négociations de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne, les pays de l’Union européenne pourraient-ils reconnaître un Etat palestinien avant même la résolution du conflit ? C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre l’ambassadeur français auprès des Nations unies, Gérard Araud, jeudi, lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur le Moyen-Orient (lire ci-dessus). "Les aspirations du peuple palestinien en faveur d’un Etat viable, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël ne sont pas moins légitimes que celles qui s’expriment ailleurs dans la région. Nous n’avons pas d’autre choix que d’y répondre", a dit M. Araud

Cette déclaration s’inscrit dans le cadre de la visite à Paris du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, où il a rencontré le président français Sarkozy, pour lui "demander conseil" sur les démarches à suivre en vue de la reconnaissance d’un Etat de Palestine.

Voilà quelque temps que Paris étudie cette option, alors que les pourparlers israelo-palestinien sont au point mort depuis septembre. Le 16 mars dernier, et cette semaine encore, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a indiqué que "c’est une question à laquelle il faut réfléchir et à laquelle nous réfléchissons. Et elle se posera au mois de septembre ou octobre".

La communauté internationale, en ce compris l’Union européenne, s’est en effet fixé comme objectif la création de l’Etat palestinien à l’automne, au moment de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Malgré l’opposition farouche des Etats-Unis à la création d’un Etat palestinien qui n’aurait pas été négociée avec Israël, une résolution déposée par les Palestiniens pourrait passer la rampe à l’AG de l’Onu.

Nonante-quatre pays ont en effet déjà reconnu officiellement la Palestine comme Etat indépendant. Dont, récemment, plusieurs pays d’Amérique latine, mais aussi des Etats africains, arabes, asiatique, et même des pays d’Europe centrale (c’était avant qu’ils rejoignent l’UE, NdlR).

L’UE, cependant, marche sur des œufs, les sensibilités des Etats membres étant variables sur ce sujet. On note toutefois des différences de perception sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire sur ce dossier entre Etats membres de l’Union. Des pays comme l’Irlande - qui a décidé de donner le statut d’ambassade à la délégation palestinienne à Dublin - semblent disposés à aller de l’avant, là ou d’autres Etats, comme l’Allemagne (en raison de son passé) sont soucieux de ménager Israël. La Belgique oscille entre ses deux pôles.

"Tout le monde, en Europe, souhaite que des progrès vers la résolution du conflit israelo-palestinien", rappelle une source diplomatique qui insiste pour que "l’UE ne se divise pas" sur ce dossier. Avant de glisser qu’une reconnaissance "unilatérale" de la Palestine n’est peut-être pas la panacée. "Admettons qu’à l’AG de l’Onu, vote pour la création d’un Etat palestinien. Après les applaudissements, qu’aura-t-on vraiment obtenu ?"

Pour l’heure, l’Union campe sur une position rappelée à maintes reprises : les Vingt-sept sont prêts à reconnaître un Etat palestinien "le moment venu", dans le cadre d’une solution négociée avec Israël. "C’est la seule option qui tienne la route. Dans d’autres cas, ce serait très difficile de trouver par après un accord sur le statut de Jérusalem ou le retour des réfugiés, souligne une source diplomatique européenne. Maintenant, on s’attend à beaucoup d’activités sur ce dossier dans les prochains mois, si M. Obama reprend l’initiative. On verra ce qu’il convient de faire et comment les Vingt-sept vont procéder. Mais actuellement, pour l’UE, la priorité, c’est la relance du processus de paix."

Olivier le Bussy