L’Union est un peu plus à gauche

Notre envoyé spécial à Paris Olivier le Bussy Publié le - Mis à jour le

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Jusqu’à l’avènement de François Hollande, les chefs (d’Etat et) de gouvernement socialistes ou sociaux-démocrates se comptaient sur les doigts d’une seule main : le Belge Di Rupo, l’Autrichien Frayman (en coalition), la Danoise Thorning-Schmidt et le Slovaque Fico. C’est dire si la gauche européenne attendait, impatiemment, la victoire du socialiste français.

Le 17 mars dernier, lors de l’événement Renaissance, grand pow wow des leaders progressistes en Europe, tant le chef de file des sociaux-démocrates allemands, Sigmar Gabriel, que celui du Parti démocrate italien, Pierluigi Bersani, avaient dit leur espoir qu’une victoire de François Hollande aurait un effet d’entraînement ailleurs en Europe - à commencer par l’Allemagne et l’Italie, où se tiendront des élections législatives en 2013. "Ce sera la confirmation qu’une autre voie existe", estimait Pierluigi Bersani, avant d’ajouter : "Cher François, à vous de faire le premier pas."

Hollande lui-même avait affirmé que son éventuelle victoire devait "permettre une alternance en France et lever une espérance en Europe (...) Si le mouvement se lève en France, il sera irréversible dans toute l’Europe, en Allemagne d’abord, en Italie ensuite et dans d’autres pays."

Mais entre le souhait de l’émergence d’une vague rose - qui ferait basculer le centre de gravité politique d’une Union européenne où la droite conservatrice et libérale se taille toujours la part du lion - et la possible réalité, il y a de la marge. D’abord parce que certains Etats membres de l’Union, le Royaume-Uni et la Pologne pour ne parler que de deux "poids lourds", reste ancrés à droite. Parce que dans d’autres, comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, les gouvernements socialistes ont été balayés par la crise de la dette.

Aussi les regards de la gauche se tournent-ils vers l’Allemagne, l’Italie ou les Pays-Bas. Dans la première, les intentions de vote en faveur du SPD progressent, mais restent loin derrière celle des chrétiens-démocrates de la chancelière Merkel, dont la popularité ne se dément pas. En Italie, Mario Monti a déjà indiqué qu’il ne poursuivrait pas sa mission de chef d’un gouvernement de techniciens au-delà des législatives de 2013. Mais comme aux Pays-Bas, où la coalition entre les libéraux et les chrétiens-démocrates est démissionnaires, l’issue des scrutins à venir reste incertaine.

"On ne peut savoir à l’avance ce qui va se produire", admet Alain Bloedt, porte-parole de la Fondation d’études européennes progressistes "mais on s’appuie sur les résultats d’élections intermédiaires dans ces pays pour espérer un retour à gauche" en Europe. "Chaque électorat vote en fonction de circonstances nationales et locales", complète l’économiste Bruno Liebhaberg, de l’Université libre de Bruxelles, qui fut conseiller de Jacques Delors quand celui-ci présidait la Commission européenne. "Mais je ne pense pas que le mouvement d’entraînement politique et économique que constitue l’élection de François Hollande sera sans impact". Marc Jacquemain (Université de Liège), spécialiste de la sociologie des idéologies, se dit pour sa part "assez sceptique" quant à l’influence du scrutin français sur les autre élections européennes. "Il pourrait y en avoir une si ces élections étaient ajustées, mais les temporalités sont assez différentes. De plus, Hollande ne fait pas rêver".

Néanmoins, M. Jacquemain envisage que l’élection de François Hollande soit à l’origine "d’un basculement des rapports de force" dans l’Union, entre les tenants de l’orthodoxie budgétaire à tout crin et ceux "qui veulent réintroduire une dimension politique plus keynésienne en Europe", pour relancer la croissance. "Tout le monde se rend compte que les actuelles politiques d’austérité mènent à une impasse", ajoute Bruno Liebhaberg. "La victoire de François Hollande offre une opportunité pour rééquilibrer les politiques en Europe et, non plus seulement parler de croissance, mais mettre en place des mesures de croissance. Et il n’y a pas besoin d’attendre le résultat des élections en Allemagne et en Italie pour procéder à ce rééquilibrage". Et d’ajouter : "Cette élection constitue un tournant pour l’Europe, qui a besoin d’une coordination plus étroite, réelle, des politiques économiques. Or, Hollande est un héritier de Delors. En la matière, il peut trouver un mode de fonctionnement avec l’Allemagne, l’Italie ou des pays comme la Belgique".

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