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Le discours de la Première ministre britannique Theresa May sur la relation entre son pays et l’Union européenne après le Brexit n’est pas resté sans réponse. Ce mercredi à Luxembourg, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a présenté le projet de lignes directrices sur cette future relation, telle que la conçoivent les Européens. Le texte de six pages, qui doit être approuvé lors du sommet européen des 22 et 23 mars, n’est pas un projet de mandat de négociations - selon l’UE, elles ne pourront s’ouvrir qu’après le Brexit. Il s’agit d’une base pour la déclaration politique qui accompagnera l’accord de retrait.

La bonne nouvelle, pour le Royaume-Uni, est que l’Union ne veut pas "bâtir un mur" après le Brexit, a déclaré le président Tusk, mais faire en sorte que les deux parties restent "des partenaires aussi proches que possible". Il a précisé que l’Europe souhaite conclure avec son futur ex-Etat membre un accord de libre-échange couvrant tous les secteurs sans tarif douanier, ni quota pour les marchandises. En contrepartie, le Royaume-Uni doit accepter le maintien de l’accès réciproque aux zones de pêche. " Ce n’est pas ce que voulait Theresa May, mais ce n’est pas rien. C’est un projet d’accord très ambitieux ", avance une source européenne de haut rang. "Mais il y a des limites : les lignes rouges britanniques", précise la même source, évoquant la volonté du Royaume-Uni de quitter le marché intérieur et l’union douanière, et de ne plus être soumis à la juridiction de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).

Frictions inévitables

La mauvaise nouvelle pour Londres est, comme l’a souligné Donald Tusk, "que cela ne sera qu’un accord de libre-échange". Et le Polonais d’ajouter : "Ce sera le premier accord de libre-échange de l’histoire visant à desserrer des liens plutôt qu’à les renforcer." L’Union ne proposera pas moins, mais pas plus au Royaume-Uni. Ce n’est pas pour rien que le point 13 du document stipule qu’elle est prête à revoir son offre si la position britannique évolue. "Un accord de libre-échange, c’est ce qu’on fait quand les deux parties veulent conserver leur autonomie réglementaire. Le marché intérieur, c’est un écosystème, avec des règles communes", dont la CJUE est la gardienne, détaille la source européenne. Les Européens répètent aux Britanniques qu’il n’est ni souhaitable, ni possible de leur offrir une participation à la carte au marché intérieur.

Il y aura donc, inévitablement, des frictions commerciales, inexistantes aujourd’hui, entre les deux parties, précise le document. Ainsi, la coopération réglementaire ne pourra pas empêcher les contrôles des marchandises aux frontières.

De Londres, le grand argentier britannique Philip Hammond a averti que l’accord devra inclure les services financiers. L’UE veut garder son marché ouvert aux services britanniques - sans précision particulière concernant les services financiers - mais rappelle qu’ils seront soumis aux règles valables pour les pays tiers.

Theresa May a déclaré vendredi dernier qu’en tant que pays tiers, le Royaume-Uni voulait un accord plus approfondi que l’accord, déjà exhaustif, entre l’UE et le Canada, mais sans les obligations acceptées par la Norvège pour avoir accès au marché intérieur. Voie sans issue, lui a signifié le président Tusk. "Je comprends que l’objectif politique de Theresa May soit de démontrer à tout prix que le Brexit peut être un succès et que c’est un bon choix. Mais désolé, ce n’est pas le nôtre."


A SAVOIR:

Donald Tusk a dit la volonté de l’UE de maintenir une étroite coopération avec le Royaume-Uni dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité internationale, ainsi que dans le domaine de la défense et des affaires étrangères. Il invite aussi Londres à continuer à participer aux programmes européens de recherche et innovation, éducation et culture. Enfin, il se dit "déterminé" à éviter que le Brexit perturbe le trafic aérien entre le Royaume-Uni et l’Union

Le Parlement européen a lui aussi présenté sa vision de l’après-Brexit. Dans une résolution qui sera mise au vote la semaine prochaine en plénière, les leaders des groupes politiques se sont prononcés en faveur d’un accord d’association basé sur quatre piliers : relations économiques et commerciales, politique étrangère, sécurité intérieure et la coopération thématique.