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Le Premier ministre Guy Verhofstadt, dans sa déclaration de politique fédérale, mardi après-midi devant le parlement, a annoncé son intention de remettre la dette bilatérale du Congo-Kinshasa vis-à-vis de la Belgique.

"Lorsque la période de transition aura abouti positivement et que la démocratie aura pris son envol, nous proposerons au Club de paris de remettre, préalablement, les dettes bilatérales du Congo. Nous le ferons, en tout état de cause en 2007",

Selon Arnaud Zacharie, du CNDD-11.11.11, la dette totale du Congo s'élevait à 9 milliards de dollars, dont 1 milliard dû à la Belgique. Cette dernière a été restructurée en 2002-2003 et alors diminuée des deux tiers. Restait donc dus bilatéralement environ 300 millions de dollars.

Eric Toussaint, docteur en Sciences politiques des universités de Liège et Paris VIII et président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde (1), rappelle pour sa part que "le secteur du Trésor belge qui gère les créances sur les pays du tiers-monde considérait, il y a cinq ans, que la valeur réelle de la dette congolaise devait subir une décote de... 96 pc ! L'annulation annoncée est donc surtout une grande opération de relations publiques et un assainissement des livres de comptes de la Belgique".

Le sénateur Pierre Galand (PS), qui suit ce sujet depuis de nombreuses années, est pratiquement sur la même longueur d'onde, même s'il appuie l'initiative de M. Verhofstadt "parce que je suis, par principe, pour l'annulation de la dette".

Une dette odieuse

"Il faut voir comment se compose la partie de la dette dont on annonce l'annulation", dit le sénateur. "La dette totale était en partie coloniale. Une seconde partie avait été contractée par un dictateur, Mobutu; n'est-ce pas, en termes juridiques, une "dette odieuse" parce qu'elle n'a jamais servi au développement du Congo mais pour des dépenses de prestige ? Le Congo est-il redevable de cette dette-là car, si elle est odieuse, elle aurait dû être annulée depuis longtemps."

"Enfin, il faut voir si l'annulation annoncée ne constitue pas en elle-même l'accroissement de 4,5 pc à 5,5 pc de notre coopération au développement dont a parlé M. Verhofstadt. Si c'était le cas, cette hausse serait sans effet positif pour les Congolais."

Pour avoir droit à l'aide internationale pour se reconstruire, le Congo a dû reprendre, en 2002, le paiement des intérêts de sa dette, abandonné depuis dix ans, et en priorité ceux dus au FMI. Il n'a pu le faire que grâce à un prêt de 4 pays, dont la Belgique.

Le FMI a alors pu lui prêter de l'argent pour rembourser ces 4 pays et entamer le versement, par tranches, de sommes destinées à relancer le pays. Ces versements sont cependant suspendus depuis juin (FMI) et octobre (Banque mondiale) en raison d'une inflation trop élevée (20 pc).

(1) Le CADTM et Pierre Galand organisent une journée d'étude sur la dette congolaise ce 20 octobre, de 10 à 17h, à la salle des congrès du sénat belge.

© La Libre Belgique 2006