International Question de principe, dit M. Reynders, qui est en faveur de la perpétuité. Le Verviétois a 30 jours pour faire appel.

Le principal djihadiste belge détenu en Irak, le plus médiatisé aussi, a été condamné mardi matin à la peine de mort par un tribunal irakien qui le considère comme "un des terroristes étrangers les plus recherchés qui ont combattu en Syrie et en Irak" dans les rangs de l’organisation Etat islamique.

Après avoir lu les chefs d’accusation, le juge de la Cour centrale pénale de Bagdad a prononcé "la pendaison jusqu’à ce que mort s’ensuive conformément à l’article 4 de la loi antiterroriste". Cette loi, très contestée par les opposants à la peine capitale, a été adoptée par l’Irak en 2005 après le départ de l’administrateur américain Bremer.

Le visage de Tarik Jadaoun, né à Verviers et âgé de 29 ans, a alors semblé se décomposer, selon le journaliste de l’AFP qui a assisté au verdict du tribunal. L’audience a duré moins de dix minutes. Le condamné a trente jours pour faire appel.

Pour avoir violé les frontières du pays, Tarik Jadaoun a aussi été condamné à trois années de prison et plus de 2 000 euros d’amende.

L’appel de Didier Reynders

Lors de la première audience le 10 mai, Tarik Jadaoun avait plaidé "non coupable" et expliqué qu’il s’était "fourvoyé". Bien qu’un avocat lui ait été commis d’office, le Belge d’origine marocaine avait souhaité se défendre lui-même en arabe.

Aucun officiel belge n’a assisté au verdict mais dans la journée, le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a annoncé que la Belgique demandait aux autorités irakiennes de commuer la peine de mort en peine de prison à perpétuité.

" J’ai demandé à mon homologue irakien de ne pas procéder à l’exécution ", a-t-il affirmé à la presse, en rappelant l’"opposition de principe" de la Belgique et de l’Union européenne à la peine de mort.

Ce n’est pas la première fois qu’un ressortissant européen est condamné à mort dans le cadre de la loi antiterroriste. En janvier, une djihadiste quinquagénaire allemande d’origine marocaine, Lamia K., avait écopé de la peine capitale avant de voir sa peine commuée en prison à perpétuité en avril. Elle avait fait appel, ce qu’indirectement, les autorités belges suggèrent à Jadaoun de faire.

Un parcours classique

Le parcours de Jadaoun est assez classique des djihadistes européens partis vers la Syrie. Nanti d’un casier judiciaire (vols, bagarres avec la police, radicalisation en prison), le Verviétois a pris la direction de la Syrie à l’automne 2014 contre l’avis de son père. Sa fiche d’enregistrement dans les rangs de l’Etat islamique note qu’il a traversé la frontière à Tal Abyad (frontière turque) et qu’il a été recommandé par un certain "Abou Khaled al Maghrebi" qui était déjà à Deir Ezzor en Syrie. Ce "Abou Khaled" n’était autre que son ami Redouane Hajaoui, de Petit-Rechain, arrivé en Syrie quelques mois plus tôt. Un troisième Verviétois, Lofti Amoueur, ainsi que des jeunes d’origine tchétchène de la région, ont fait le même voyage vers le territoire du groupe Etat islamique. Très actif sur les réseaux sociaux, Jadaoun alias "Abou Hamza al-Belgicki" va rapidement se faire connaître. Il posera devant le cadavre de sa première victime, donnera des interviews à l’émission "Compléments d’enquête" de France 2, diffusera des vidéos dans lesquelles il appelle à frapper la Belgique et la France - bref "faire le mariole" -, résume un policier.

Pas de rôle avéré en Belgique

Après son arrestation à Mossoul le 12 juillet 2017, le ton a changé. Tout au plus a-t-il reconnu avoir entraîné au maniement des armes les "Lionceaux du Califat". Et au procès, il a assuré qu’il avait surtout travaillé dans un hôpital à Mossoul.

Questionné par les services américains, il a admis s’être porté volontaire pour commettre des opérations en Europe, selon "Het Laatste Nieuws" qui a eu accès à des parties de son interrogatoire. Mais sa candidature fut refusée par un leader tchétchène. Il a également été interrogé par un service de renseignement belge.

"Nous n’avons aucun élément qui permettrait de dire qu’il a participé à des actions en Belgique", assure un enquêteur. Le parquet fédéral demande à l’interroger depuis le début de l’année, mais les requêtes de commission rogatoire, adressées à Bagdad, n’ont pas reçu de réponse jusqu’à présent.