La Birmanie met l'Asean hors jeu

philippe paquet Publié le - Mis à jour le

International

analyse

Réunie à Singapour pour un sommet annuel qui s'achève ce mercredi, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) en est réduite à sauver les apparences. Elle s'est dotée, mardi, d'une Charte censée lui procurer une plus grande consistance politique, mais l'agence régionale des droits de l'homme qu'elle entend créer fait déjà figure de farce, comme la Birmanie l'a montré en dictant sa loi au sommet.

Il est vrai qu'elle n'a pas dû faire grande violence à la plupart des membres de cette organisation qui réunit, depuis quarante ans, les dix pays du Sud-Est asiatique. Régie par la règle paralysante du consensus, l'Asean a toujours du mal à dépasser le stade des belles paroles et des grands projets. L'élargissement aux Etats communistes d'Indochine, de 1995 à 1999, et plus encore l'admission controversée de la Birmanie, en 1997, n'ont fait que compliquer la cohabitation, en son sein, de nations (relativement) démocratiques et de dictatures pures et dures.

Elever la voix...

Cette réunion à Singapour en fournit une nouvelle illustration. L'hôte du sommet, le Premier ministre Lee Hsien Loong, avait assez courageusement annoncé, dans une interview publiée samedi, que la situation en Birmanie "ne pouvait pas durer" et que l'Asean "n'avait pas d'autre choix que d'élever la voix". Il avait pris sur lui d'inviter l'émissaire des Nations unies, Ibrahim Gambari, pour qu'il fasse rapport.

La Birmanie s'y est opposée et a été assez largement suivie, notamment par l'Indonésie, la Malaisie, le Laos et le Cambodge, tous pays dont les dirigeants n'ont sans doute pas envie de se retrouver un jour dans la position inconfortable des généraux birmans. M. Lee en est réduit à "faciliter" les rencontres bilatérales entre M. Gambari et les délégués des pays qui souhaitent l'entendre. Quant au diplomate nigérian, il n'a pas caché sa déception. "J'étais venu pour cela", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le camouflet dépasse, cependant, le seul chef du gouvernement de Singapour. La Birmanie a, en effet, dénié à l'Asean tout droit de regard sur sa situation intérieure, arguant de sa volonté de traiter avec le seul Conseil de sécurité de l'Onu. La junte birmane n'avait pourtant consenti qu'à regret à la visite à Rangoon du rapporteur de l'Onu pour les droits humains, Sergio Paulo Pinheiro, et ce dernier n'avait pas été autorisé à rencontrer la figure de proue de l'opposition, Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence.

... n'est pas une bonne chose

Il était, de toute façon, illusoire d'attendre de l'Asean qu'elle aille au-delà d'une déclaration appelant la junte, lundi soir, à "approfondir le dialogue avec Aung San Suu kyi" et à libérer tous les prisonniers politiques. Le Premier ministre cambodgien, Hun Sen, qui sait de quoi il parle puisque son pays est devenu une sorte de Birmanie-bis, avait annoncé la couleur, dimanche, en estimant que "les sanctions économiques ne sont pas une bonne chose" dans la mesure où "les dirigeants birmans n'en mourront pas"...

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