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Chaque 11 septembre, la Catalogne se remémore ce jour de 1714, où Barcelone est tombée face aux armées des Bourbons et où la région du nord-est de la péninsule ibérique a perdu son autonomie, pour être intégrée dans le giron de l’Etat espagnol. Depuis qu’en 2010, la célébration de la fête nationale catalane s’est teintée d’un accent indépendantiste de plus en plus marqué, sur fond de revendications économiques, politiques et culturelles. Peu de temps auparavant, la cour constitutionnelle espagnole avait remis en cause la constitutionnalité du statut d’autonomie de la Catalogne, approuvé par les Parlements catalan et espagnol, ainsi que par la population, par référendum.

Le 11 septembre 2012, près d’1,5 million de personnes (sur une population d’un peu moins de 8 millions) s’étaient rassemblées à Barcelone à l’appel d’une organisation, l’Assemblée citoyenne de la Catalogne (ANC), pour y réclamer la séparation d’avec l’Etat central.

Ce jeudi, à 17h14, plusieurs centaines de milliers de personnes se donneront la main pour former une chaîne humaine de 400 km, baptisée la via catalana (vers l’indépendance) longeant la côte catalane du nord au sud et traversant 86 villes et villages. “Près de 400 000 personnes se sont inscrites à la via catalana, mais il est possible que le nombre de participants soit deux fois plus élevé”, espère Jaume Bardolet, coordinateur de l’ANC à Bruxelles, qui a fait le déplacement pour l’occasion.

Le président catalan Arturo Mas a apporté son soutien la manifestation, mais n’y prendra pas part. Après avoir promis en 2012 la tenue d’un référendum sur l’autodétermination, M. Mas tente à la fois de ménager sa coalition minoritaire, Convergència y Unió, les électeurs “modérés” et, dans une moindre mesure Madrid, sans s’aliéner pour autant les radicaux de l’ERC, qui le soutiennent au Parlement.

La question qui se pose en Espagne, mais aussi en dehors, est de savoir si cette nouvelle manifestation de masse traduit une lame de fond indépendantiste qu’à moyen terme, rien ne pourra arrêter. Ce mouvement “répond plus à un agenda politique qu’à une réelle demande de la société catalane”, estime Felix Ovejero, professeur d’économie, d’éthique et de sciences sociales à l’Université de Barcelone. “Une étude menée par plusieurs universités démontre qu’après les Andalous, se sont les Catalans qui sont les plus satisfaits du niveau d’autonomie de leur région.” De son côté, Jaume Bardolet est catégorique : “Le processus est porté par la société civile et il est inéluctable.”