La charia avalisée dans la vallée de Swat

Gérald Papy Publié le - Mis à jour le

International

Le président pakistanais Asif Ali Zardari a avalisé lundi soir un accord entre le gouvernement de la Province de la Frontière du Nord-Ouest et les dirigeants talibans de la vallée de Swat qui autorise l’installation de tribunaux islamiques dans cette région pakistanaise sous la domination des "étudiants en théologie" depuis 2007. Pour Islamabad, c’est le prix à payer pour garantir une pacification de cette zone qui échappe de facto à la tutelle du pouvoir fédéral.

Conscient de la sensibilité de cette concession aux islamistes radicaux, notamment aux yeux de son sponsor américain, le président Zardari avait semblé rechigner à donner son feu vert à l’accord conclu le 16 février. Lundi, l’Assemblée nationale pakistanaise avait dès lors adopté une résolution demandant à la présidence de donner son blanc-seing au texte. Quelques heures plus tard, Asif Ali Zardari se pliait à cette injonction. Une décision logique puisque, au niveau de la province, c’est le parti présidentiel, le Parti du Peuple pakistanais (PPP), allié à l’Awami National Party (formation nationaliste pachtoune) au sein de la coalition au pouvoir, qui a conclu l’accord de février avec le dignitaire religieux Sufi Mohammed, un islamiste "modéré" qui a l’oreille des talibans de la région, le chef de ceux-ci, le maulana Fazlullah, n’étant autre que son gendre. Aussitôt, les talibans ont décrété un cessez-le-feu dont ils ont suspendu la prorogation à la ratification par le pouvoir fédéral de l’accord signé à Peshawar.

Les autorités de la Province de la Frontière du Nord-Ouest avaient justifié leur décision par la volonté de pacifier une région, la vallée de Swat, où les combats entre les islamistes radicaux et l’armée, particulièrement violents lors d’une offensive menée à l’été 2008, ont provoqué l’exode de 1,5 million d’habitants sans réduire, pour autant en définitive, la mainmise des talibans.

Pour les détracteurs de la décision du président Zardari, cette latitude laissée aux talibans d’appliquer la charia est un précédent qui ne fera qu’asseoir leur pouvoir et pourra être brandi pour étendre la mesure à d’autres régions pakistanaises où les islamistes radicaux sont en position de force. Et sur le fond, ils s’inquiètent des conséquences de l’installation des tribunaux islamiques, notamment, pour le droit des femmes. Déjà depuis leur prise de pouvoir dans le district de Swat, les talibans ont, notamment, interdit la scolarisation des filles, détruisant de nombreuses écoles.

Les partisans de la politique de dialogue d’Islamabad insistent sur la spécificité de la région de Swat, qui n’a été rattachée au pouvoir fédéral qu’en 1969. Ils nuancent la portée de l’application de la charia alors que le système fédéral est déjà un mélange de droit issu de l’héritage colonial britannique et de la loi islamique dont la Constitution pakistanaise proclame la supériorité par rapport aux autres normes juridiques. Or, en appel et en cassation, les justiciables continueront à relever de la procédure fédérale.

Quoi qu’il en soit, le dossier est très sensible. Il n’est pas exclu que la Cour suprême, à la tête de laquelle le juge Iftikhar Chaudhry a été récemment rétabli sous la pression de la rue, se saisisse de la question dans un nouveau bras de fer avec le pouvoir. Et les Etats-Unis, tout en condamnant officiellement la décision d’Islamabad, n’en ont pas moins une attitude ambiguë sur les concessions permises aux talibans pakistanais et afghans dits modérés pour faciliter la pacification d’une région ô combien cruciale pour leur politique.

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