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Un consensus s’est dégagé ce lundi entre députés pour retirer à l’Arabie saoudite le contrôle sur cette mosquée accusée de répandre le salafisme.

La commission Attentats de la Chambre va demander au gouvernement d’annuler la concession de la Grande mosquée de Bruxelles à l’Arabie Saoudite, en raison de son rôle dans l’expansion du salafisme dans le pays et dans la radicalisation de plusieurs jeunes qui ont suivi ses cycles de formation, a appris ce soir "La Libre Belgique".

La décision a été prise par consensus lors de la réunion de la commission ce lundi. Si le gouvernement suit cette suggestion, la Grande mosquée disposerait d’un an pour établir un nouveau cadre et une nouvelle structure.

"Je me réjouis de cette décision", réagit le député Georges Dallemagne (CDH), "une proposition très claire qui permettra la coupure avec l'islam saoudien et le développement d'un islam belge dans un cadre européen. C'est aussi un signal qui pourra inspirer d'autres pays européens dont l'islam est sous contrôle wahhabite".

Les députés ont pris la décision après avoir finalisé un chapitre de leur rapport sur la radicalisation en Belgique qui était spécialement consacré à la Centre islamique et culturel de Belgique (CICB) , l’asbl qui chapeaute la mosquée du Cinquantenaire. Les débats sur cette question ont duré deux jours.

Le grand imam de la mosquée Abdelhadi Sewif avait reçu en avril une notification de l’Office des étrangers qu’il ne reconduisait pas son permis de séjour annuel en raison d’un rapport défavorable de la Sûreté de l’Etat. Le prédicateur égyptien aurait dû quitter le pays en mai malgré le recours qu’il avait déposé et qui n’était pas suspensif. Ceci explique pourquoi Theo Francken a dénoncé publiquement son cas il y a quelques jours.

Après une audition désastreuse à la commission Attentats en mars, son directeur, le Saoudien Jamal Saleh Momenah avait dû également quitter le pays en mai. En marge de cette commission, on avait appris que neuf des personnes se trouvant sur les listes des Foreign Terrorist Fighters (FTF) avaient suivi une formation donnée sous les auspices de la Grande mosquée.

Le bâtiment, l’ancien pavillon oriental du parc du Cinquantenaire à Bruxelles, avait été cédé sous forme de concession à l’Arabie saoudite pour un franc belge à la suite de la visite en mai 1967 du roi saoudien Fayçal en Belgique. L’Arabie saoudite avait entrepris sa rénovation dans les années 70, puis avait mis le centre dans les mains de la Ligue islamique mondiale, émanation du pouvoir saoudien.


"Il faut ancrer la Grande Mosquée en Belgique"

(belga)

Les membres de la commission d'enquête parlementaires sur les attentats du 22 mars 2016 ont affiché leur satisfaction après l'adoption unanime des recommandations sur la Grande Mosquée de Bruxelles. Il était nécessaire d'ancrer l'institution en Belgique, ont-ils souligné. "Il s'agit d'une avancée majeure dans la lutte contre le radicalisme: enfin, la communauté musulmane de Belgique ne sera plus sous une influence étrangère néfaste, qui a miné la cohésion sociale et qui a prôné une vision de l'islam hostile aux valeurs universelles et parfois contraire à nos lois", a souligné le cdH qui a mis en avant le travail de son député Georges Dallemagne sur l'influence salafiste en Belgique.

La commission pointe du doigt l'islam d'inspiration "salafo-wahhabite" qui est prêché dans la mosquée, lieu emblématique du culte musulman en Belgique, et le rôle de celle-ci dans la propagation d'idées radicales.

Cette rupture de la convention qui place l'institution sous la tutelle de l'Arabie saoudite était une nécessité, selon le MR. "Dès lors que nous posons ces constats, c'était inéluctable", a indiqué Philippe Pivin.

La commission n'a pas craint d'éventuelles tensions diplomatiques avec l'Arabie saoudite, a-t-il assuré. "Au regard des enjeux et du contrôle actuel de la Grande Mosquée, cela n'a pas vraiment pesé. Nous ne pouvions pas nous contenter d'établir une liste de reproches et ensuite ne rien faire".

Un délai d'un an s'ouvrira après la rupture de la convention pour en rédiger une autre qui associera l'Exécutif des Musulmans de Belgique et "l'ensemble des sensibilités et courants caractérisant l'islam et les musulmans de Belgique". L'objectif est la promotion d'un islam en phase avec les valeurs de la Convention européenne des droits de l'homme dans un esprit de promotion du vivre-ensemble.

"Nous ne voulions pas nous limiter à un message de fermeté qui aurait donné l'impression que l'on stigmatisait des gens. Il faut aussi un message positif adressé à l'ensemble des citoyens musulmans. Notre objectif, c'est que la Grande Mosquée soit ancrée en Belgique et non pilotée de l'étranger, qu'elle soit l'ambassadeur d'un islam tolérant, inscrit dans les valeurs européennes", a expliqué Gilles Van den Burre (Ecolo).

"Le contexte a fondamentalement changé depuis les années 60. Aujourd'hui, les musulmans sont présents dans chaque commune de Belgique et l'immense majorité d'entre eux souhaite vivre tranquillement sa foi. C'est à ces gens qu'il faut confier le lieu représentatif de l'islam en Belgique", a fait remarquer de son côté Willy Demeyer (PS).