International Les délicats dossiers de la banane et du coton ont pris en otage mercredi la conférence ministérielle de l’OMC à Hong Kong, les pays riches se retrouvant en accusation pour leur politique à l’égard de ces deux produits, qui pénalisent les producteurs des pays pauvres.

Au deuxième jour de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce, une vingtaine de manifestants, des paysans sud-coréens, ont tenté de forcer un cordon de police protégeant le centre de conférences de Hong Kong, avant d’être repoussés par les forces de l’ordre. La veille, sept manifestants et deux policiers avaient été légèrement blessés dans de semblables bousculades lors du rassemblement de 5.000 altermondialistes.

A l’intérieur du bâtiment, les 149 pays membres ont poursuivi leurs discussions destinées à faire progresser les négociations lancées voilà quatre ans à Doha (Qatar) sur un nouvel accord de libéralisation des échanges. Il aurait déjà dû être conclu il y a un an et les pays membres doivent achever leurs travaux fin 2006. Mais les Etats, incapables de boucler leurs négociations sur la baisse des barrières douanières, s’orientaient vers la fixation d’un nouveau rendez-vous en avril.

En attendant, le coton et la banane menaçaient de bloquer la conférence et le secrétariat de l’OMC s’est efforcé de désamorcer la bombe en organisant un débat spécial sur ces deux dossiers où les deux premières puissances commerciales mondiales sont mises en accusation.

Les producteurs africains de coton ont ainsi menacé de torpiller tout éventuel accord à Hong Kong si les Etats-Unis ne réduisaient pas leurs subventions, mais ils se sont heurtés à une fin de non-recevoir de la part de Washington. «Si nous n’obtenons pas de résultat concret, l’Afrique ne pourra pas s’associer à un consensus», a averti le président de l’Association cotonnière africaine, Ibrahim Malloum. «J’en appelle à la conscience de tout être humain digne de ce nom», a lancé la ministre tchadienne du Commerce, Odjimbaye Soukate Ngarmbatinan, la voix brisée par l’émotion. «Il s’agit de la vie de 20 millions de personnes. Je voudrais pouvoir repartir de Hong Kong la conscience tranquille».

Intervenant tel un accusé après plusieurs ministres africains, le représentant américain pour le Commerce, Rob Portman, a admis la responsabilité de son pays, mais sans annoncer les concessions espérées par l’Afrique. Il a contre-attaqué en déclarant que les subventions américaines n’étaient qu’en partie à l’origine des problèmes des producteurs africains et a renvoyé la balle en direction de l’Union européenne, en soumettant tout progrès en matière cotonnière à des avancées sur l’ensemble de la négociation agricole que Bruxelles est accusée de bloquer.

L’UE était justement dans le collimateur des pays d’Amérique latine pour son régime d’importation des bananes, qui favorise les producteurs des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Le ministre hondurien de l’Agriculture, Mario Jimenez, a ainsi appelé la conférence à condamner le nouveau régime tarifaire de l’UE, affirmant que le cycle de Doha ne pouvait avancer si Bruxelles maintenait son entrée en vigueur en janvier prochain. «Nous ferons entendre notre voix pour empêcher un tel résultat», a-t-il averti.

Dans une institution où les décisions se prennent par consensus, le refus d’un seul pays pourrait bloquer l’adoption de la déclaration ministérielle qui doit sortir de Hong Kong.