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Il y a, dans une étude d'impact sur le réchauffement climatique que va publier la Commission européenne afin d'appuyer ses propositions sur l'énergie (lire ci-dessous), de quoi glacer le sang de la personne la plus sceptique sur les conséquences du changement climatique.

Prenez la Meuse, un fleuve tranquille qui coule de la France aux Pays-Bas via la Belgique. Les crues de la Meuse causeront 14 pc de dégâts de plus lors des 100 prochaines années que lors des 100 années précédentes, selon les projections des experts européens. Le réchauffement de la planète entraînera donc dans son sillage de "fréquentes" et "sévères" inondations dans de nombreuses parties de l'Europe. Et, si les réductions de gaz à effet de serre ne sont pas drastiques, le montant des dégâts causés par les crues du Danube sera de 66 milliards d'euros au cours du centenaire à venir (soit une augmentation de 40 pc).

195 millimètres

L'objectif de l'Union européenne, en matière de lutte contre le changement climatique, est de figer la température moyenne à deux degrés de plus - au maximum - que lors de la période "préindustrielle". Et pour que ce scénario demeure crédible, l'Europe doit notamment fixer des cibles ambitieuses de réduction des émissions de CO2 : entre 20 et 30 pc de diminution d'ici à 2020 par rapport aux niveaux de 1990. En 2080, estime la Commission, si aucun effort n'est consenti, 86 000 personnes décéderont chaque année de la chaleur en Europe.

L'année 2005 a été l'année la plus chaude jamais répertoriée par les scientifiques de la Nasa. Et, "globalement, les dix années les plus chaudes ont toutes été enregistrées après 1990". Parallèlement, une accélération dans l'augmentation du niveau des mers a été constatée. Entre janvier 1870 et décembre 2004, le niveau moyen des mers est monté de 195 millimètres.

"Migration touristique"

Les eaux de la mer du Nord se sont réchauffées de 1,1 degré au cours des trente années passées; un bond thermique qui fait fuir de nombreuses espèces de poissons vers des latitudes plus septentrionales et/ou vers des eaux plus profondes. Et la montagne ? C'est simple : les Alpes pourraient perdre 80 pc de leurs glaciers d'ici à la fin du siècle si aucun changement ne survient. Mais les Alpes pourraient tout aussi bien perdre l'ensemble de leurs glaciers d'ici à 2100 si la température de l'air se réchauffe de 3 degrés. 11 pc des terres arables de la planète sont appelées à disparaître, des pertes qui pourront néanmoins être compensées par la fonte des glaces, notamment en Russie et en Amérique du Nord.

Mais le plus étonnant reste à venir. Tandis que les animaux sont d'ores et déjà en train de s'adapter et de modifier leurs comportements face au réchauffement de la planète, il est une autre espèce qui va devoir changer : le touriste européen. La "migration annuelle" des Européens vers les pays de l'Europe méditerranéenne, en quête de soleil et de plages pour leurs vacances, est le plus important flux touristique au monde, rappelle la Commission européenne. Quelque 100 millions d'Européens du Nord prennent la direction du Sud du continent chaque année.

"Les plages de la Baltique"

Or, avec un schéma des conditions climatiques se modifiant à vitesse "vévéprime", il y a fort à parier que les mouvements touristiques changent de direction durant ce siècle. "La zone avec des conditions excellentes, qui est actuellement localisée autour de la Méditerranée (en particulier pour le tourisme de plage), changera au profit du Nord, peut-être aussi loin que la mer du Nord ou la mer Baltique", soulignent les experts européens... Et l'impact pour le secteur touristique européen pourrait être d'autant plus important que certains touristes vont "délocaliser" leurs vacances hors de l'Union européenne. "Beaucoup de destinations touristiques, en particulier au Sud de l'Europe, vont souffrir", conclut cette étude d'impact européenne.