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Un parfum de guerre froide règne suite à l'empoisonnement de l'ex-espion russe Sergueï Skripal sur le sol britannique. Face à l'expulsion de plus de 140 diplomates russes, Moscou riposte et éjecte des dizaines de diplomates américains et européens. Analyse avec Tanguy de Wilde, professeur de relations internationales (UCL).


Quelles incidences ces nombreuses expulsions peuvent-elles avoir en terme de relations diplomatiques?

Les relations entre les USA, l'Union européenne et la Russie sont en crise mais elles ne sont pas non plus totalement éteintes. Les affaires récentes (Ukraine, Skripal) créent des tensions mais cela ne fait pas oublier que, dès demain, la Russie sera dans son siège permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations-Unies et demeurera un acteur important pour la gestion de dossiers internationaux. Et ce, qu’il s’agisse de modérer les prétentions de l’Iran à l’acquisition du nucléaire militaire, de pacifier la Syrie ou de lutter contre le réchauffement climatique.

En expulsant les diplomates russes, l'Union européenne souhaite restreindre la communication avec la Russie. Pouvons-nous parler de guerre froide ?

Certainement pas ! C'est le mythe propagé par certaines séries télévisées. Cette crise n'a aucun rapport avec la guerre froide pour les raisons suivantes : l'immense différence par rapport à la guerre froide, c'est l'intensité actuelle des liens économiques malgré les mesures restrictives. Il y a une interdépendance commerciale entre l’UE et la Russie : l’une fournit des biens manufacturés, l’autre des produits énergétiques. Aujourd'hui, ce lien est beaucoup plus important qu’à l’époque de l'Union soviétique. Au bout du compte, cette crise ne réjouit personne. C'est un moment difficile pour les deux protagonistes mais un jour ou l'autre, ils devront retourner à la table d'une négociation pour trouver des compromis par rapport aux dossiers qui fâchent. Pour l'instant, les dossiers qui fâchent l'emportent. D'où l'impression d'une crise majeure, qui pourtant n'est pas comparable à ce qui a pu exister durant les moments les plus forts de la guerre froide.

La guerre froide n'est donc pas de retour. Pourtant, l'affaire Skripal a pris une ampleur considérable.

Effectivement, dans l'affaire Skripal, ce qui est impressionnant, c'est que ça ne s'est pas réglé au niveau des services secrets. C'est une affaire qui est montée au niveau gouvernemental, avec des effets de manche anticipant les résultats d’une enquête à mener. Ce qui fait que les Russes ont eu beau jeu de réagir en dénonçant une forme de procès d'intention car il n'y avait pas de preuves formelles de l'implication de la Russie.

Comment doit réagir l'Europe face à cette riposte ?

Même si la Russie a expulsé à son tour des diplomates européens, l’objectif n’est pas une rupture de contacts. Il s’agit symboliquement d’indiquer la gravité d’une crise en réduisant, peut-être temporairement, les canaux de communication.

Comment interpréter la réaction belge ?

Elle a expulsé un diplomate russe, et elle ne pouvait décemment faire davantage sous peine, en cas de réplique, de réduire à peau de chagrin la représentation diplomatique belge à Moscou, qui ne compte que six membres. En outre, il ne faut pas oublier que le Premier ministre est allé en Russie récemment avec comme message d’explorer les voies possibles d’une réduction de la tension euro-russe. C'est évidemment mal parti avec cette affaire. Mais cela reste l'objectif de la Belgique qui souffre actuellement des contre-mesures économiques qui ont été prises par la Russie à la suite des décisions prises par l'Union européenne. La Russie a banni certains produits agricoles belges de son territoire.