International

analyse

Vingt-sept ans après sa création, l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) d’Etienne Tshisekedi aurait dû tenir son premier congrès, du 15 au 19 février derniers. Une "première" déjà bien tardive pour un parti affirmant lutter pour la démocratie.

Mais il y a pire : c’est que ce premier congrès, d’abord retardé, vient d’être remis sine die, Etienne Tshisekedi ayant dissout samedi dernier le comité organisateur de cette rencontre. On mesure ainsi la décadence de la formation politique qui fut le fer de lance de l’opposition et s’attaqua avec succès à la révérence entourant Mobutu, permettant ainsi la fin du monopartisme dans l’ex-Zaïre.

Creuseurs de diamants

L’UDPS avait été créée le 15 février 1982 par treize parlementaires - qui seront condamnés, pour cette "faute", à quinze ans de prison. Leur initiative faisait suite à la répression, par l’armée zaïroise, en juillet 1979, de "creuseurs" artisanaux à la recherche de diamants à Katekelay (Kasaï oriental), à une époque où l’exploitation du diamant n’était pas libéralisée; les treize parlementaires s’étaient distingués en protestant contre la mort de quelque 300 creuseurs.

Dans les années qui suivirent, l’UDPS devint le symbole même de l’opposition à la dictature de Mobutu et le Kasaïen Etienne Tshisekedi prit peu à peu l’ascendant sur cette formation jusqu’à en devenir le chef. En 1990, le multipartisme était adopté, mais la lutte pour un véritable partage du pouvoir continuait.

Avec le passage des ans, l’UDPS subit une évolution. Parallèlement au culte grandissant - et parfois délirant - de Tshisekedi, le parti connut des défections de plus en plus nombreuses de membres qui lui reprochaient soit l’autoritarisme du chef, soit l’appropriation de la formation par les originaires du Kasaï. Bref : les défauts mêmes que l’opposition reprochait à Mobutu.

Manque de leadership

Quand la guerre de conquête du pouvoir par Laurent Kabila commence (1996), l’UDPS n’est déjà pratiquement plus qu’un "parti de Kasaïens". Privé des fruits de sa longue lutte contre Mobutu par la victoire militaire de Laurent Kabila, Etienne Tshisekedi passe très vite à l’opposition à ce dernier, appelant à lutter "contre le retour de la tyrannie".

Mais bientôt, le chef adulé de l’UDPS, malade, donnera l’impression de se contenter de son statut de "premier opposant", se satisfaisant de l’hommage révérencieux des siens - au grand dam d’une partie de plus en plus importante de ses militants, désireux de faire prévaloir leurs idées en s’attaquant à la gestion des affaires publiques. Devant le manque de leadership de l’UDPS, certains de ses militants n’hésiteront pas à tenter de doper sa popularité en enfourchant le cheval de l’ethnisme anti-tutsi.

Mais le coup de grâce à l’UDPS sera donné par son chef : le refus d’Etienne Tshisekedi de participer au processus électoral a écarté ce parti des institutions et de la politique dans le Congo d’aujourd’hui.

Si certains espéraient que l’UDPS se referait une virginité loin des feux de la rampe, d’ici aux prochaines élections (prévues en 2011), son échec à organiser son premier congrès semble sonner le glas de cette espérance. Les préparatifs à cette réunion, entamés dès juin 2007, ont été émaillés de disputes, accusations les plus graves, faux communiqués officiels et "bagarres rangées" entre militants, qui donnent l’impression d’un parti divisé, ayant usé jusqu’à la corde l’extraordinaire abnégation de ses militants.