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La fille de l'islamologue Tariq Ramadan s'exprime pour la première fois. Âgé de 55 ans, l'homme suisse est incarcéré depuis trois mois dans le cadre d'une enquête pour viols en France. Il conteste ce mardi devant la justice le refus de sa remise en liberté. 

Ce mardi, la cour d'appel de Paris examine le recours que Tariq Ramadan a formé après le rejet, le 4 mai, de sa première demande de mise en liberté. Interviewée par Le Temps, sa fille aînée Maryam le défend contre vents et marées.

L'isolement complet: "une torture psychologique"

Née en Suisse mais domiciliée au Qatar, Maryam a pu rendre visite ce week-end à son père dans la prison de Fresnes, près de Paris. Les visites, pour elle et sa mère, sont autorisées trois fois par semaine. 

Selon elle, l'état de santé de son père, qui souffre d'une sclérose en plaques, se détériore de jour en jour. "Il a beaucoup maigri et doit s'aider d'un déambulateur pour se déplacer", explique la jeune femme de 31 ans. Il aurait de "constants et violents maux de tête, et la prise de médicaments le laisserait vaseux".

Placé à l'isolement complet, Tariq Ramadan aurait le sentiment de "vivre une profonde injustice". "Chaque fois qu’il va prendre une douche, personne ne doit se trouver dans les couloirs. Pareil pour la promenade", raconte-t-elle. La jeune femme ajoute que la plupart du temps, l'islamologue passe entre 23h30 et 24 heures par jour dans sa cellule. Aux yeux de Maryam, "cela s’apparente à une torture psychologique".

L'infidélité: "une question qui ne regarde que mon père et ma mère"

Malgré tous les doigts et les accusations pointés vers son père, la fille aînée de Tariq Ramadan le soutient bec et ongles: "Mon père n’a jamais rien fait de répréhensible pour qu’on puisse un jour imaginer lui rendre visite dans une prison. Je ressens une grande injustice", partage la jeune fille suisse. 

"Il ne bénéficie pas de la présomption d’innocence: il est dans les faits présumé coupable, alors que ses accusatrices bénéficient d’une présomption de sincérité, ce n’est pas normal", considère-t-elle.

Elle éprouve également de la peine à croire les jeunes femmes qui accusent son père: "Cela fait 31 ans que je vis avec mon père et je n’ai jamais observé chez lui la moindre violence. Même lorsqu’il est fâché, il privilégie toujours la discussion. Donc, tout ça me paraît totalement fou".

Selon elle, on fait surtout à Tariq Ramadan un procès de moralité, notamment sur le fait qu'il ait trompé son épouse: "C’est une question qui ne regarde que mon père et ma mère. Et quand bien même il aurait fauté, il est un être humain comme nous tous".

Maryam Ramadan revient sur l'éducation qu'elle a reçue durant son enfance: "Je n’en serais pas à défendre mon père, un soi-disant violeur, si je pensais qu’il en était un", conclut-elle.