International Correspondante à Jérusalem

Pelouses soignées, maisonnettes avec jardin entre sentiers fleuris, usines de pointe, réseaux agricoles informatisés. Vu de l’extérieur, le kibboutz s’est épanoui. Mais à l’intérieur, l’idéal a disparu. Cette communauté qui symbolisait le sionisme pionnier des débuts d’Israël s’est entièrement privatisée. Les salaires sont devenus hiérarchiques jusqu’à la vie familiale qui s’est renfermée sur elle-même.

Ce sont les jeunes générations du kibboutz qui l’ont voulu. Les grands-parents, qui espéraient perpétuer le modèle de société ouverte et égalitaire, ont dû se résigner. Ils le regrettent. Beaucoup d’Israéliens du troisième âge demeurent nostalgiques des promesses sur lesquelles s’est bâti le pays.

A 60 ans, on est la génération qui est née avec le pays, qui a grandi dans l’Israël "étroit" d’avant l’occupation des territoires arabes de ‘67, avant que cette occupation ne commence à corrompre les valeurs humanistes et n’instille des folies de grandeur. C’est la génération qui a combattu dans trois grandes guerres (Six-Jours en ‘67, Kippour en ‘73, Liban en ‘82) en croyant que chacune serait la dernière.

Par ailleurs, de nombreux repères se sont inversés. Le 1er mai, qui était sacré pour l’Israël socialiste des années ‘50-’60, n’est plus qu’un banal jour ouvrable. Aujourd’hui, le calendrier israélien préfère pleurer les destructions du temple de Jérusalem (par les Babyloniens, puis les Romains) et célébrer le Jour de libération de Jérusalem (juin ‘67).

Mais il n’y a pas que la nostalgie d’une certaine innocence perdue.

La population d’Israël vieillit. Et elle vieillit mal. En 1948, à la naissance de l’Etat, les seniors formaient 4% de sa population. Aujourd’hui, ils sont 10%. D’ici 2030, ils seront 14 %. Israël compte maintenant davantage d’habitants de plus de 65 ans que d’habitants de moins de 25 ans. Pas seulement à cause de l’espérance de vie élevée - 81 ans. Mais également suite aux vagues d’immigration juive des années ‘50 (en provenance du Maghreb et d’autres pays arabes) et des années ‘90 (de l’ex-URSS), qui ont amené de nombreuses personnes âgées. Ces dernières n’ont pas toujours réussi à s’assurer un pécule pour leurs vieux jours.

Aussi, près d’un quart des seniors israéliens vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Seuls 16% des Israéliens juifs soutiennent leurs parents financièrement. Dans la minorité arabe israélienne, ils sont 39% à venir en aide à leurs aînés.

Beaucoup de seniors font donc appel aux services de l’Etat et des pouvoirs locaux : allocations sociales, assistance médicale et ménagère en dispensaire et à domicile, activités et loisirs dans des centres communautaires de quartiers, réductions sur la redevance tv, sur les transports en commun et sur des taxes diverses. Des services dont les budgets s’amenuisent

Un nombre croissant de seniors s’installe en maison de retraite. Il en existe au moins 200 à travers le pays. Elles offrent confort et encadrement. Pour le troisième âge aisé, la mode est aux séniories de luxe. Elles poussent comme des champignons, ces dernières années, offrant des cadres résidentiels et des services haut de gamme.