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Le président catalan déchu Carles Puigdemont, contre qui l'Espagne a lancé un mandat d'arrêt européen, a quitté vendredi la Finlande pour la Belgique, a affirmé samedi un député finlandais qui avait organisé sa visite dans le pays.

Le député Mikko Karna a écrit sur Twitter qu'il avait "tout juste reçu l'information selon laquelle Carles Puigdemont a quitté la Finlande hier soir (vendredi) par un moyen inconnu en direction de la Belgique", où il s'est exilé depuis fin octobre.

"Puigdemont m'a confirmé aujourd'hui qu'il coopérerait totalement avec les autorités en Belgique", a-t-il ajouté.

Sollicité par l'AFP, le Bureau national finlandais des enquêtes criminelles n'était pas en mesure de confirmer si M. Puigdemont avait quitté ou non le pays.

"Nous n'avons pas d'information officielle sur cet aspect. C'est ce que dit un parlementaire mais nous n'en avons pas confirmation", a affirmé un de ses responsables, Hannu Kautta.

Une visite en Finlande

Carles Puigdemont, actuellement exilé en Belgique, s'est rendu en Finlande jeudi et vendredi pour y rencontrer des parlementaires et participer à un séminaire à l'université d'Helsinki. Il devait quitter la Finlande samedi après-midi mais personne ne savait dans la matinée où il se trouvait.

Mikko Karna, le député finlandais à l'origine de la visite de M. Puigdemont à Helsinki, a déclaré à la presse qu'il ignorait où se trouvait l'ancien président catalan depuis vendredi.

La police finlandaise a précisé à l'AFP qu'elle avait reçu le mandat d'arrêt international mais qu'elle ne l'appliquerait pas tant que le Parquet finlandais n'aura pas reçu les informations demandées.

"A la demande de notre procureur, nous avons contacté les autorités espagnoles pour demander des informations supplémentaires" concernant ce mandat, a indiqué à l'AFP un responsable du Bureau national finlandais des enquêtes criminelles, Hannu Kautto.

Cette demande a été adressée "ce matin" (samedi) et "nous attendons maintenant une réponse des autorités espagnoles... Il leur revient de décider de la célérité avec laquelle ils peuvent fournir ces informations à notre procureur", a-t-il poursuivi.

La police finlandaise n'a aucune obligation d'arrêter Carles Puigdemont tant qu'elle n'aura pas reçu ces informations supplémentaires, a expliqué ce responsable.

"Pour le moment, nous n'avons aucune raison de l'interpeller", a-t-il relevé.

L'avocat de l'ancien président catalan, Jaume Alonso Cuevillas, a assuré pour sa part à Radio Catalunya que son client ne chercherait pas à échapper à l'arrestation.

"Quand le mandat d'arrêt européen avait été émis (une première fois), il s'était mis à la disposition de la justice belge et de la police, et il ferait de même maintenant. Je ne lui ai pas encore parlé mais c'est clair, oui", a ajouté l'avocat.

Un juge espagnol a émis vendredi des mandats d'arrêt européens et internationaux contre six dirigeants indépendantistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne, dont l'ancien président Carles Puigdemont.


Catalogne: l'investiture du président régional suspendue, le candidat en prison

Le président du parlement catalan a suspendu samedi le débat pour investir un président régional, au lendemain de l'incarcération du candidat à ce poste Jordi Turull et de quatres autres indépendantistes, tous inculpés pour rébellion.

"Le candidat à la présidence de la Generalitat (exécutif catalan) est en prison avec d'autres députés de cette chambre", a constaté Roger Torrent à l'ouverture des débats. "Il est évident que dans ces conditions la session ne peut pas avoir lieu".

Le premier vote d'investiture a eu lieu jeudi mais bien que les indépendantistes disposent de la majorité absolue au parlement, M. Turull n'a pas pu être élu, faute de l'appui du parti séparatiste le plus radical. Il devait se soumettre ce samedi à un deuxième vote.

Vendredi, le juge de la Cour suprême chargé de l'enquête a inculpé formellement treize dirigeants indépendantistes pour "rébellion". Il a écroué cinq d'entre eux, dont Jordi Turull.

"Le pouvoir empêche que la volonté citoyenne exprimée dans les urnes puisse se manifester librement", a estimé M. Torrent, dénonçant "une situation d'injustice, de régression et de répression".

Les décisions de la Cour suprême sont un coup très dur pour les dirigeants indépendantistes: au total, 25 d'entre eux seront jugés pour rébellion, malversation et désobéissance. Neuf sont désormais en détention préventive et six autres font l'objet de mandats d'arrêt internationaux après être partis à l'étranger, dont l'ancien président régional Carles Puigdemont.

Les poursuites pour rébellion visent 13 personnes, dont d'anciens ministres régionaux, des parlementaires et des dirigeants d'associations séparatistes. Passibles de peines allant jusqu'à 30 ans de prison, elles sont très controversées car elles impliquent l'existence d'un "soulèvement violent" qui, selon de nombreux juristes, ne s'est jamais produit.

Jordi Turull est le troisième indépendantiste à échouer à se faire élire comme président de Catalogne en raison de décisions de justice, après Carles Puigdemont, exilé en Belgique, et l'activiste Jordi Sanchez, incarcéré.

Les indépendantistes doivent désormais trouver un nouveau candidat à la présidence de la Catalogne, sous tutelle de Madrid depuis la déclaration d'indépendance mort-née du 27 octobre. S'ils n'y arrivent pas avant le 22 mai, de nouvelles élections seront automatiquement convoquées.