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La transition n’est jamais chose facile pour un président nouvellement élu et elle l’est moins encore dans le cas de Donald Trump qui n’a aucune expérience politique. Non seulement la désignation des différents responsables de la future Administration, mais aussi le recrutement de leurs collaborateurs à tous les échelons est inévitablement un processus lent et délicat. Il n’empêche que Washington a rarement connu la situation qui prévaut aujourd’hui.

A en croire les confidences de participants aux tractations en cours, rapportées ces derniers jours par les médias américains, ce n’est pas à un processus serein de sélection des candidats, mais à un sanglant règlement de comptes, qu’on assiste. Il vise aussi bien les Républicains qui ont critiqué Donald Trump durant la campagne électorale, que des fidèles de la première heure qui ont maintenant le défaut d’être jugés trop proches de Chris Christie.

Le gouverneur débarqué

Un des rares ténors du Parti républicain à s’être rallié, et très tôt, à Donald Trump, le gouverneur du New Jersey avait été logiquement appelé par ce dernier à présider son équipe de transition. Il en a été écarté vendredi au profit du colistier du candidat, Mike Pence. A l’origine de cette brutale disgrâce, selon toute apparence, le gendre de Donald Trump, Jared Kushner. Celui-ci aurait accusé Chris Christie de noyauter la future Administration. Il lui reproche surtout d’avoir, quand il était le procureur général du New Jersey, fait envoyer son père, Charles Kushner, en prison pour fraude fiscale et subornation de témoins.

La purge des affidés supposés de Chris Christie a notamment frappé l’ancien député républicain du Michigan Mike Rogers, qui était l’un des principaux conseillers de Donald Trump en matière de sécurité nationale et qu’on n’aurait pas été surpris de voir nommé à la direction de la CIA. Au lieu de quoi l’intéressé dénonce aujourd’hui une impitoyable vendetta.

Un autre expert éconduit, Eliot Cohen, pourtant républicain conservateur, recommande de se tenir aussi loin que possible de l’équipe Trump. "Cela va être horrible", dit-il du processus de transition, en estimant que les postes sont distribués comme autant de récompenses aux enfants sages, et non en fonction de la compétence requise pour former un gouvernement solide.

"Un désastre"

Les plus gros hochets font l’objet, révèle-t-on, de bras de fer homériques. L’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, brigue le secrétariat d’Etat, en dépit de son ignorance totale de la politique étrangère, mais la fonction intéresse aussi John Bolton, le va-t-en-guerre de l’ère Bush qui fut brièvement ambassadeur à l’Onu et se prononça pour l’invasion de l’Irak. Sa nomination serait "un désastre", estime le sénateur - républicain - du Kentucky Rand Paul…

Les faucons dominent, il est vrai, dans le cercle rapproché de Donald Trump. On trouve parmi eux le député républicain de Californie Devin Nunes, qui préside la Commission du renseignement de la Chambre, et surtout Frank Gaffney, un ancien du Pentagone du temps de Ronald Reagan, qui passe pour être devenu un des islamophobes les plus virulents du pays.

Business as usual

Tandis que le Président élu peine à former son cabinet, le Congrès, lui, se prépare à entrer dans l’ère Trump sans heurts ni malheurs apparents. Les Républicains ont ainsi décidé de reconduire Paul Ryan comme speaker de la Chambre, et Mitch McConnell comme chef de la majorité au Sénat. Là au moins, c’est "business as usual".