La foule n’attend plus que Benoît XVI

Paco Audije, Correspondant à Madrid Publié le - Mis à jour le

International

Pour les pèlerins des JMJ, les deux derniers jours ont été des journées de catéchèse mais aussi de découverte de Madrid. La capitale espagnole, où le souverain pontife est attendu ce jeudi, est bel et bien partagée entre prière et tourisme. L’annonce de l’arrestation d’un suspect, de nationalité mexicaine, qui aurait voulu attenter à la principale manifestation des protestataires anticléricaux ne semble pas avoir eu trop de répercussion sur les JMJ.

Mercredi matin, sur la ligne 1 du métro, nous entendons parler abondamment en polonais. À la sortie de la station Estrecho, des Français, très jeunes, cherchent un restaurant. Des Portugais jouent avec une petite assiette volante dans un jardin public. Ils nous disent qu’ils ont déjà consommé un léger casse-croûte sous les arbres. On a l’impression que tous les pèlerins marchent lentement, mais sans arrêt, sous une chaleur torride.

La messe inaugurale a rassemblé, mardi soir place Cibeles, des dizaines de milliers de fidèles pour le journal "Público" (gauche), 200 000 pour les organisateurs. Les services de santé ont aidé presque deux cents personnes atteintes d’évanouissements et de lipothymies (malaises). La cérémonie a été plurilingue, concélébrée par 8 000 prêtres et 800 évêques de tous les pays, mais le cardinal Antonio María Rouco, 75 ans, n’a prononcé son homélie qu’en espagnol : "L’Espagne", a dit l’archevêque de Madrid, "est un vieux pays intégré par une communauté de peuples dont le principal signe d’identité historique, de sa culture et manière de vivre, est la profession de foie chrétienne". Malgré les oppositions fréquentes avec Zapatero (sur la nouvelle loi du droit à l’avortement, le divorce ou le mariage homosexuel), il a évité toute critique directe au gouvernement du PSOE.

Après la grande messe, la rue Atocha, est occupée par les Italiens. Nous essayons sans succès de parler avec un groupe de jeunes qui courent par une petite ruelle du quartier de Lavapiés avec un drapeau belge. "Buenas noches !", nous lancent-ils en riant sans s’arrêter.

"L’ambiance est super, festive, conviviale. Nous avons fait le voyage de Lyon hier. Nous avons dormi sur l’herbe, dans l’aire de repos d’une autoroute, après notre bus a eu une panne. Et nous sommes arrivés trop tard pour la messe d’ouverture", nous disent Hélène, Marina, Édouard, Joséphine, Ségolène et Florence. Ils ont été envoyés dans une paroisse du sud-ouest de Madrid. La plus jeune doit avoir 16 ou 17 ans. "Ici, nous dormons sur des matelas, sous le toit d’une petite église près de la station San Cristóbal. On nous a donné un carnet de tickets pour les repas et une liste de restaurants. Aujourd’hui, nous avons eu la matinée pour les louanges, un peu d’enseignement et on a fini sur une messe. Maintenant c’est quartier libre pour aller trouver de quoi manger. Ensuite on se retrouve pour un temps de partage sur la journée, sur ce qu’on a vécu. On va se reposer tôt parce que la chaleur fatigue pas mal".

Ce mercredi en fin de journée, les manifestants opposés à la visite papale commencent à se concentrer sur la place Tirso de Molina. Pour l’instant, les incidents entre les uns et les autres sont minimes, mais la police a arrêté José Alvano Pérez Bautista, un jeune Mexicain, âgé de 24 ans, stagiaire à l’Institut de chimie organique du Conseil supérieur d’investigations scientifiques (CSIC). Il est soupçonné d’avoir voulu lancer des gaz asphyxiants contre les opposants à Benoit XVI. La police a suggéré avoir agi par principe de précaution pour éviter quelque chose de semblable au cas Breivik en Norvège. L’appartement de Pérez Bautista, qu’il partageait avec d’autres étudiants, a été fouillé.

Madrid est devenue une tour de Babel où les pèlerins se saluent dans tous les coins. En attendant Benoit XVI, tout se passe plutôt comme prévu dans ces JMJ. Un bon tiers de Madrilènes sont en vacances, mais leur capitale dort à peine.

Publicité clickBoxBanner