La fuite en Egypte des Gazaouis

Renée-Anne Gutter Publié le - Mis à jour le

International Correspondante à Jérusalem

Israël est inquiet : son bouclage de la Bande de Gaza risque de se retourner contre lui. Depuis mercredi, en effet, la frontière entre le territoire palestinien et l'Egypte s'est effondrée, laissant passer des dizaines de milliers de Gazaouis dans les deux sens, sans contrôle de sécurité substantiel. Or, pour l'armée israélienne, pas de doute : à la faveur de ce mouvement de foule, les extrémistes réalimenteront leurs arsenaux d'armes et explosifs, feront entrer de nouveaux cadres terroristes et iront même s'entraîner dans des camps terroristes à l'étranger.

La ruée au poste-frontière de Rafah avait commencé mardi. Mais dans la nuit de mardi à mercredi, des militants anonymes (Hamas ? Comités de Résistance populaire ?) ont carrément détruit deux tiers du dispositif frontalier au-delà du terminal, au moyen de dynamite et bulldozers, abattant les tôles et causant des brèches dans les murs de fer et béton. La nouvelle de la percée frontalière s'est immédiatement répandue dans toute la Bande de Gaza, et la frontière a rapidement été envahie.

Au moins 350 000 personnes l'auraient franchie mercredi, selon les estimations locales. Et cela, sans effusion de sang, contrairement à mardi.

Car devant cet afflux, les gardes frontaliers égyptiens ont baissé les bras. Le président Moubarak a confirmé mercredi qu'il avait ordonné à sa police de laisser entrer les Palestiniens " pour qu'ils puissent se ravitailler ", et de les laisser retourner à Gaza " tant qu'ils ne portent pas d'armes ". Selon des témoins, toutefois, les policiers égyptiens n'ont pas effectué la moindre vérification. Même laxisme de la part des forces du gouvernement Hamas qui se sont employées à faciliter la circulation frontalière.

En 2006, après le retrait israélien de Gaza, le contrôle frontalier à Rafah avait été confié à l'Autorité palestinienne et l'Egypte, avec encadrement d'une mission d'experts de l'Union européenne (l'EU-BAM) et surveillance israélienne à distance. Depuis lors, les Gazaouis ont forcé plus d'une fois le passage vers l'Egypte. Mais celle-ci rétablissait l'ordre en peu de temps. Israël exige donc qu'elle en fasse de même aujourd'hui.

Cependant, avec la prise de pouvoir du Hamas à Gaza en juin dernier, la situation s'est compliquée. L'EU-BAM a abandonné Rafah dès cette prise de pouvoir, et attend depuis lors en "stand-by" dans le sud d'Israël. Comme nous a déclaré son porte-parole, mercredi, la mission européenne suit les événements avec attention et " ne demande pas mieux que de reprendre sa tâche ", mais toute décision à ce sujet se prendra à Bruxelles en fonction des développements politiques et sécuritaires. La question se posera notamment en mai, lorsque le mandat actuel de l'EU-BAM expirera.

Les derniers événements inquiètent également le président Abbas à Ramallah, qui a lui aussi été chassé de Rafah en juin. Le Premier ministre de Gaza, Ismaïl Hanyé, l'a appelé mercredi à tenir une réunion d'urgence Fatah-Hamas-Egypte, pour convenir des modalités de contrôle et réouverture de tous les postes de passage de Gaza, y compris à la frontière d'Israël. Et le chef du Hamas en exil, Khaled Machal, s'est dit prêt à négocier le contrôle frontalier avec M. Abbas et l'Egypte, à condition que ce contrôle soit uniquement palestino-égyptien. Le Premier ministre de Ramallah, Salam Fayad, veut lui aussi placer les postes-frontières de Gaza sous contrôle souverain palestinien, mais en les confiant à des unités indépendantes du Hamas et du Fatah, encadrées d'experts étrangers privés.

Renée-Anne Gutter

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