International

Deux soldats de l’armée de terre grecque ont été arrêtés le 2 mars par l’armée turque et placés en détention pour avoir pénétré en zone militaire interdite. Les deux militaires affirment être entrés en Turquie par erreur. Leurs avocats avaient fait appel de leur mise en détention, mais leur demande a été rejetée par un tribunal d'Edirne (nord-ouest).

Le chef de la diplomatie grecque, Nikos Kotzias, avait rapidement appelé la Turquie à "mettre en oeuvre les dispositions du droit international et à ne pas transformer une procédure routinière en un problème juridique et politique majeur".

Les relations entre la Grèce et la Turquie, toutes deux membres de l'Otan, sont traversées par de vives tensions depuis plusieurs mois, alimentées par le refus d'Athènes d'accéder à la demande d'Ankara d'extrader huit officiers turcs ayant trouvé refuge en Grèce après le coup d'Etat manqué en Turquie en juillet 2016.

Faut-il dès lors voir, dans l'arrestation des deux soldats grecs, un moyen pour faire pression en vue d'un échange de prisonniers ?

Interrogé par Libération, le ministre grec de la Défense, Pános Kamménos, signale qu'il "ne faut surtout pas que l’affaire devienne un thriller politique sans fin". Il demande que de tels incidents soient "résolus pacifiquement".

Selon M. Kamménos, en un an, les violations des eaux territoriales ont augmenté de 450 % et celles de l’espace aérien de 48 %. D'après lui, la Turquie "exerce une véritable pression sur la Grèce". "L’explication tient à la situation en Syrie et au conflit avec les Kurdes. Les Turcs sont confrontés à de nombreux problèmes dans l’enclave d’Afrin et tentent d’exporter les tensions vers la Grèce". Mais aussi vers l'Europe, raison pour laquelle le ministre tient ses alliés de l’Otan informés de chaque événement. "Nous sommes obligés de défendre notre territoire, non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’Europe", indique-t-il.

Dans cette interview accordée à Libération, Pános Kamménos se montre d'ailleurs assez alarmiste. "Nous sommes très près d’un accident mortel. Quand l’espace aérien est violé, nous envoyons nos avions afin qu’ils escortent les avions turcs hors de notre espace. Nous sommes alors forcément à la merci d’un accident qui peut, à tout moment, s’étendre aux garde-côtes, à la marine…"