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Les magistrats sont appelés à l'action jeudi pour exprimer leur "ras-le-bol" à la ministre de la Justice Rachida Dati, également sous la pression des syndicats pénitentiaires dont elle a réussi à obtenir la levée mercredi d'un mot d'ordre de blocage des prisons.

A l'origine de la journée d'actions figure la convocation tard dans la nuit de magistrats ayant eu en charge le dossier d'incarcération d'un mineur, qui s'est suicidé à la prison de Metz-Queuleu le 6 octobre.

Refusant d'être les "boucs émissaires" d'une politique du "tout carcéral" et du "tout sécuritaire", les trois principaux syndicats de magistrats ont appelé d'une même voix à la mobilisation.

"Il y a un ras-le-bol. La braise couvait et l'ouragan de la semaine dernière a fait partir l'incendie", explique Christophe Régnard, président de la puissante Union syndicale des magistrats (USM), au diapason du Syndicat de la magistrature (SM) et de Force ouvrière-magistrats.

Convocations de procureurs pour des propos critiques ou des statistiques décevantes, mutations "forcées", "injonctions contradictoires", "constantes pressions": les syndicats ont alerté le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) sur "les attaques contre l'indépendance" des magistrats de Mme Dati dont ils dénoncent également les "inconséquences" de la politique pénale.

Dernière illustration selon eux: FO-magistrats a annoncé mardi que Mme Dati avait décidé la veille de différer à 2009 et de limiter le champ d'application d'un décret prévoyant que tout mineur condamné devrait être présenté à un magistrat du parquet avant son incarcération. Ce décret, annoncé par Mme Dati trois jours après le suicide du jeune détenu de Metz-Queuleu, était pourtant paru immédiatement au Journal officiel.

Jeudi devraient avoir lieu partout en France des rassemblements en robe sur les marches des tribunaux, des conférences de presse voire des renvois d'audience. "Metz sera en pointe car tout est parti de là", a souligné David de Pas, secrétaire général adjoint du SM. Le mouvement a reçu le soutien du reste des professions judiciaires (magistrats administratifs, avocats, éducateurs).

Pour Mme Dati, la pression est également forte du côté du monde pénitentiaire où le malaise est profond en raison de la pénurie de moyens, de la surpopulation carcérale et, plus récemment, d'une série de cinq suicides de détenus depuis début octobre.

La ministre a toutefois réussi à éviter de justesse un blocage général des prisons à partir du 13 novembre en recevant en toute hâte mercredi matin les trois principaux syndicats de surveillants (Ufap, FO et CGT).

Alors que ces syndicats dénoncent depuis des mois la détérioration de la situation carcérale, l'absence de Rachida Dati à une réunion lundi à la Chancellerie avait ulcéré l'intersyndicale, qui avait dans la foulée appelé au blocage pour dénoncer "le mépris" de la ministre.

Disant avoir obtenu de Mme Dati "des engagements fermes" en termes notamment de créations d'emplois, les syndicats ont choisi de temporiser dans un contexte potentiellement explosif dans des prisons déjà sous tension, selon le responsable de FO-pénitentiaire, Christophe Marquès.

"Ce n'est pas un renoncement mais une prise de responsabilité", a insisté Jean-François Forget, de l'Ufap.

La menace toutefois demeure. "Crise financière ou pas, nous retournerons sur le terrain si les engagements ne sont pas tenus", a prévenu Céline Verzeletti de la CGT.

Une centaine de magistrats anti-Dati mobilisés à Toulouse

Une centaine de magistrats ont manifesté jeudi à Toulouse dans le cadre de la journée nationale de mobilisation contre "les attaques" de la ministre de la Justice Rachida Dati.

Devant le tribunal de grande instance, magistrats, avocats et greffiers se sont rassemblés à l'appel de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), du Syndicat de la magistrature (SM, minoritaire) et de Force ouvrière pour "dénoncer les dérives institutionnelles actuelles", selon Patrice de Charette, porte-parole du SM.

"Ce qui est grave", a-t-il ajouté, "au-delà des problèmes d'humeur (de Mme Dati) et de ses réactions, c'est (les menaces sur) l'indépendance de la justice". "En essayant de nous mettre au pas, la ministre de la Justice porte atteinte à cette dépendance", a dénonce M. De Charette. Les manifestants qui reprochent au garde des Sceaux "une reprise en main de la magistrature" se sont rassemblés en milieu de journée sur les marches du TGI, arborant des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire "Justice bafouée", "Démocratie en danger" et "Nous ne sommes pas aux ordres".

Ainsi qu'à Marseille et à Aix...

Une centaine de magistrats ont manifesté jeudi respectivement à Marseille et à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) dans le cadre de la journée nationale de mobilisation contre "les attaques" de la ministre de la Justice Rachida Dati.

"Aujourd'hui, chaque magistrat, à l'instar de notre collègue substitut à Sarreguemines, peut se voir reprocher d'avoir appliqué la loi", a déclaré Paule Agosta, déléguée de l'Union syndicale des magistrats (USM).

Les juges ont obtenu le soutien des avocats marseillais, des personnels de greffe et de justice, qui arboraient en silence des pancartes de solidarité. "Il y a un profond malaise. Même les non-syndiqués se sont associés à notre mouvement", a noté Véronique Noclain, au nom du Syndicat de la magistrature (SM).

A Aix-en-Provence, une autre manifestation de magistrats, soutenus par les avocats et les avoués de la cour d'appel, a également rassemblé une centaine de robes noires.