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La campagne d’attaques par drones lancée discrètement par les Etats-Unis à la mi-2008 porte ses fruits dans la lutte contre les militants d’al Qaeda qui se terrent au Pakistan : deux importants dirigeants du réseau terroriste, qui figuraient parmi les 23 terroristes les plus recherchés par le FBI, ont été tués le 1er janvier.

Le contre-terrorisme américain a confirmé vendredi la mort des deux Kenyans, Fahid Mohammed Ally Msalam, alias "Oussama al Kini" (32 ans) et Sheikh Ahmed Salim Swedan (29 ans), qui figuraient sur la liste du FBI pour leur implication présumée dans les attentats en 1998 contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya.

Les deux hommes ont été tués par un missile Hellfire tiré d’un drone américain le jour de l’An, sur une maison de la ville de Karikot, dans le Waziristan Sud, une zone tribale du Pakistan où se concentrent depuis des mois des militants d’al Qaeda. D’après des responsables locaux, cette frappe, très précise, n’a pas fait de victimes civiles.

Selon le "Washington Post", qui a été le premier à annoncer leur mort sur son site Internet, les autorités américaines imputent à al-Kini un "rôle central" dans les attentats de 1998. Surtout, elles considèrent que cet ancien vendeur de vêtements est devenu en 2007 le chef des opérations d’al Qaeda pour le Pakistan. Il serait responsable de sept attaques suicide, dont l’attentat le 16 septembre 2008 contre le "Marriott" d’Islamabad.

Si les autorités pakistanaises ont condamné formellement les attaques par drones, parlant d’une violation du territoire pakistanais, d’aucuns émettent l’hypothèse qu’Islamabad a donné un feu vert tacite aux incursions américaines, selon le vieux principe que l’on dit une chose à son opinion publique, très anti-américaine au Pakistan, et qu’on en fait une autre.

Les attaques du 1er janvier "sont une preuve étonnante de la précision des renseignements que les Etats-Unis obtiennent", estime l’expert américain en terrorisme Bruce Hoffman. "Soit nous avons tissé un réseau impressionnant de sources qui facilitent des tirs d’une telle précision, soit les autorités pakistanaises coopèrent énormément".

La guerre sans pilotes

Les attaques par drones, autrefois épisodiques à la frontière afghano-pakistanaise, ont augmenté vers la mi-2008. Elles traduisent la volonté de Washington de traquer al Qaeda jusque dans ses sanctuaires des zones tribales pakistanaises.

La guerre par drones est un concept nouveau. A l’origine, le drone était un avion sans pilote de reconnaissance. On doit au général John Jumper, commandant de l’US Air Force durant la guerre du Kosovo, le projet vers l’an 2000 de mettre sous les ailes du Predator une arme.

Le seul missile assez petit était le Hellfire, une arme antitank. Et le premier tir, réussi, eut lieu le 5 novembre 2003 quand un drone faucha un membre d’al Qaeda et cinq collègues alors qu’ils roulaient dans un véhicule SUV sur une route du Yémen. Les drones sont opérés tant par la CIA que par l’US Air Force. L’armée belge dispose d’une quinzaine de drones - des B-Hunter de fabrication israélienne - qui ne servent qu’à la reconnaissance du terrain.