La junte contient la contestation

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International REPORTAGE RÉMY FAVRE CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À RANGOON

Vendredi, la quasi totalité des échoppes du marché Aung San, situé au centre-ville de Rangoon, sont closes. "Les manifestations et la répression vont être de plus en plus fortes", explique un des rares commerçants à avoir ouvert le rideau de son magasin, après avoir jeté un oeil derrière lui pour vérifier que personne ne le surveillait. La peur ? "Nous avons déjà connu pareils événements en 1988", confie-t-il, embarrassé. Et s'éloigne rapidement. Répondre à un étranger pourrait lui causer de sérieux ennuis.

Presque paisible

Dès l'aube, la plupart des habitants ont compris qu'il valait mieux ne pas se rendre au travail. D'ordinaire bondés, les bus circulaient à moitié vides ou à des intervalles moins fréquents aux abords de la pagode Sule dans le centre-ville de la principale ville de Birmanie. De nombreuses mères de famille sautaient dans des camions en marche, renversant les commissions de leur panier. Inquiètes et pressées, elles savaient qu'à cet endroit, la veille, les militaires avaient tiré des coups de feu pour disperser plusieurs dizaines de milliers de jeunes étudiants.

Vendredi, en début d'après-midi, les environs du temple étaient calmes. On entendait même des cris d'enfants, en train de jouer chez eux ou sur les trottoirs. Les militaires birmans, qui s'étaient déployés en très grand nombre dans le quartier en milieu de matinée, avaient dressé des barrages infranchissables. D'où cette atmosphère paisible dans plusieurs quartiers. A certains carrefours, six rangées serrées de soldats armés de frondes, de matraques et de fusils, se tenaient droit comme des "i" derrière des barbelés, empêchant les manifestants de converger vers leur lieu de rassemblement favori.

Face à ce déploiement militaire massif, impossible de former de longs cortèges. Qu'à cela ne tienne, de petits groupes de manifestants, claquettes aux pieds, se sont alors massés sur les trottoirs à quelques centaines de mètres des militaires. Sans se déplacer, ils les provoquaient ostensiblement. Mais leur mouvement semblait beaucoup moins organisé que la veille. Ils manifestaient où ils pouvaient et comme ils pouvaient. Penchés au-dessus de leur balcon, de nombreux citadins s'impatientaient.

Les moines se font plus rares

Aucun cortège, à l'horizon, aucun des slogans entendus ces derniers jours. Jeudi, à l'inverse, ils avaient pu ovationner les étudiants contestataires qui paradaient fièrement, poing levé et regard déterminé sous des tonnerres d'applaudissements. Autre motif de déception pour ces curieux, les moines se faisaient de plus en plus rares dans le secteur de la pagode Sule. La semaine dernière, ils avaient pris la tête d'une véritable marée safran. Mais depuis, beaucoup ont été arrêtés.

Plus tard, dans une ruelle envahie par les rats, des hommes assis sur des chaises en plastique, cigarette au bec et verre de thé à la main, ne se souciaient guère des violences alentour. Cinquante mètres plus loin, en effet, deux jeunes se détachaient d'un groupe de manifestants et commençaient à lancer des pierres sur des policiers munis de bouclier. "Pas par là", avertit soudain une femme qui tient un panier de bananes en équilibre sur la tête. Des coups de feu claquent.

Effrayés, les jeunes étudiants courent. Ils ne peuvent emprunter la chaussée encombrée par des taxis qui essayent de faire demi-tour. Première à droite. Ils débouchent sur une allée où bizarrement, les gens du quartier vaquent à leurs occupations habituelles. Essoufflés, ils se retournent. Ils ne sont pas poursuivis. Soulagement. Comme en témoigne cette course-poursuite improvisée, les manifestants protestent avec les moyens du bord, face à des militaires lourdement armés et très bien organisés.

Hier, dans les rues de Rangoon, la junte birmane est parvenue à contenir la contestation publique.

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