La junte tente de mater les manifestants

AFP Publié le - Mis à jour le

International

La junte militaire en Birmanie a fait charger à coups de matraque et de gaz lacrymogène des dizaines de milliers de manifestants à travers les rues de Rangoon mercredi, s'efforçant de mater le mouvement de protestation mené par des bonzes.

De nombreuses personnes, dont des moines, ont été battues ou arrêtées, selon des témoins. Dans certains quartiers, des soldats et des policiers ont tiré en l'air pour disperser les manifestants. Selon un premier bilan très provisoire, au moins 17 bonzes ont été blessés lors d'une première charge. Plusieurs témoins ont déclaré avoir vu un moine atteint par une balle à la tête. Au moins 200 personnes, dont la moitié de bonzes, ont été arrêtées par les forces de sécurité birmanes qui ont réprimé plusieurs manifestations à Rangoun, ont indiqué des témoins et un diplomate étranger.

Selon un diplomate français en poste à Rangoun, Emmanuel Mouriez, des forces de sécurité ont tiré "sur des manifestants" et "on peut être certain que le sang a coulé". Le parti de l'opposante Aung San Suu Kyi a déclaré que le régime militaire avait commis "une faute irréparable" au regard de l'Histoire, en chargeant des manifestants pacifiques, dont des bonzes. En Grande-Bretagne, le Premier ministre Gordon Brown a appelé le Conseil de sécurité de l'Onu à tenir une réunion d'urgence mercredi sur la crise en Birmanie, prévenant la junte que "le monde entier observe" ce pays.

La répression est "inacceptable", a pour sa part affirmé le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet. Les premiers incidents ont été signalés vers 12H00 locales (05H30 GMT). Après avoir bloqué avec des barbelés une avenue proche de la célèbre pagode Shwedagon, les forces de sécurité ont chargé quelque 700 personnes, principalement des étudiants mais aussi des bonzes, qui commençaient à se rassembler. Les manifestants ont été frappés indistinctement à coups de matraque.

Un peu plus tard, dans le quartier de la pagode Sule, des policiers et des soldats ont tiré en l'air et ont fait usage de gaz lacrymogène, alors que des milliers de civils ovationnaient un millier de moines qui arrivaient, selon des témoins. Aux forces de sécurité déployées, la foule a crié : "Vous êtes des imbéciles, vous êtes des imbéciles !". Les policiers et les militaires présents ont alors procédé à des tirs de sommation. "Ils insultent même notre religion et nos moines", a protesté un quinquagénaire en s'enfuyant à l'écart des nuages de gaz lacrymogène.

Une heure plus tard, des dizaines de milliers de personnes, dont des bonzes, se regroupaient ailleurs dans le centre-ville, tandis que des tirs de sommation retentissaient dans d'autres quartiers, selon des témoins. Confrontés à une montée en puissance des manifestations menées par des moines bouddhistes - 100.000 personnes sont descendues dans les rues respectivement lundi et mardi -, les généraux ont profité de la nuit de mardi à mercredi pour prendre d'autres mesures clairement intimidatrices. Des responsables gouvernementaux, juchés sur des camions sillonnant Rangoun, ont d'abord annoncé par haut-parleur un couvre-feu, désormais en vigueur de 21H00 à 05H00 locales (14H30 à 22H30 GMT).

La première ville de Birmanie a aussi été placée sous un régime d'accès restreint, un statut spécial ressemblant à l'état d'urgence. Mandalay, deuxième ville du pays située dans le centre, a fait l'objet des mêmes restrictions. Plus tard dans la nuit, deux personnalités soutenant le mouvement de protestation des bonzes ont été arrêtées à leur domicile: Zaganar, le plus célèbre des comiques birmans, et Win Naing, un homme politique modéré. Ces deux personnalités avaient été vues ces derniers jours à Rangoun en train d'offrir de la nourriture et de l'eau aux moines qui défilaient. "Zaganar a été interpellé chez lui vers 01H30" mercredi (19H00 GMT mardi) et Win Naing a été appréhendé une heure plus tard, ont précisé des proches.

Dès l'aube, le régime birman avait déployé des centaines de policiers et de militaires, portant des fusils d'assaut, près de monastères et de temples à Rangoun, visiblement pour tenter d'empêcher de nouvelles manifestations. Les forces de sécurité étaient aussi très présentes mercredi autour de la mairie. Des Birmans confiaient leur crainte que la répression continue à prendre un tour nettement plus brutal. Des habitants affluaient vers les magasins, dans le but de stocker des vivres. "Nous continuerons nos marches, nous faisons cela pour le bien et la sécurité du peuple", a déclaré un moine à l'AFP.

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