La lutte contre le cancer sera planétaire

LAURENCE DARDENNE Publié le - Mis à jour le

International

À PARIS

Recherche, prévention, dépistage, prise en charge et garantie du respect des droits des malades sont les cinq domaines prioritaires qui figurent au vaste programme de la Charte de Paris contre le cancer signée l'an dernier, lors du premier Sommet mondial contre le cancer. La deuxième édition de la manifestation qui s'est déroulée vendredi à l'Unesco, dans la capitale française, fut non seulement l'occasion de veiller aux engagements pris par les signataires, mais également d'aborder un certain nombre de thèmes choisis comme la biologie du cancer et ses applications cliniques, le tabac, la recherche, l'éducation et la formation, ainsi que les droits du patient.

DEUX FOIS PLUS EN 2020

Fermement décidés à «refuser le fatalisme trop longtemps associé à tous les cancers»

Les orateurs ont tenu à rappeler que, globalement, près de la moitié de tous les malades atteints d'un cancer sont encore en vie cinq ans après le diagnostic et qu'environ un tiers des cancers sont aujourd'hui guérissables. Il n'empêche que la maladie reste à l'origine de 12 pc des décès dans le monde. Et si les taux de survie à cinq ans pour certains cancers (colon/rectum, mélanome, sein, testicule,) ont augmenté de 40 à 50 pc, la survie est toujours «uniformément faible» pour les cancers du poumon, du pancréas et de l'oesophage, soit une survie à cinq ans inférieure à 10 pc. Globalement, la survie est inversement proportionnelle à l'âge du diagnostic et les femmes survivent plus longtemps que les hommes.

A l'heure actuelle, on estime que 9 à 10 millions de nouveaux cas se déclarent chaque année dans le monde, un chiffre qui devrait doubler d'ici vingt ans, estime l'OMS, tandis que le nombre de décès annuels dépassera alors 10 millions. De tous les cancers, celui du poumon reste le plus meurtrier. Il serait même en passe, chez les femmes, de rejoindre le cancer du sein, toujours premier en terme de fréquence devant le cancer colo-rectal.

LE TABAC, PRINCIPAL ACCUSÉ

«Le tabac est, dans le monde, la principale cause de décès évitable»,

n'a pas manqué de souligner Derek Yach, directeur général des maladies non transmissibles et de la santé mentale auprès de l'OMS. Si les relations entre la consommation de tabac et les cancers pulmonaires sont connues depuis les années 50, on sait à ce jour que l'arrêt de la consommation tabagique permettrait d'éviter environ 30 pc des décès par cancer, même si, après 20 ans de cessation, le risque de développer un cancer reste deux fois plus élevé chez l'ex-fumeur. La moitié des personnes décédées d'un cancer du poumon sont effectivement des ex-fumeurs, 40 pc des fumeurs et 10 pc des gens qui n'ont jamais touché au tabac, parmi lesquels des victimes du tabagisme passif.

Le rôle du tabagisme passif sur la santé des enfants, mais également sur la survenue de certains cancers broncho-pulmonaires chez l'adulte a effectivement été mis en avant. Alors que la relation entre consommation tabagique et certaines formes de troubles psychologiques fait l'objet d'études approfondies, un grand essai prospectif conduit aux Etats-Unis a montré un possible lien entre tabagisme important et cancer du colon.

Si l'on peut se réjouir d'une baisse relative de la consommation tabagique dans la plupart des pays, il faut néanmoins s'inquiéter de trois problèmes majeurs qui subsistent : l'augmentation du tabagisme féminin, associé à des dangers supplémentaires en cas de grossesse ou en association avec la pilule contraceptive; la consommation plus élevée, liée à l'alcoolisme, dans les milieux défavorisés, et notamment dans les pays en voie de développement; ainsi qu'un usage toujours fort répandu parmi les adolescents. Dans l'Union européenne, 25 à 50 pc des sujets de 18 ans fument.

Selon le Pr Maurice Tubiana, directeur honoraire de l'Institut Gustave Roussy, à Paris, pour enrayer le fléau, «les moyens classiques (hausse du prix, lutte contre la contrebande, information, avertissements sanitaires) ne suffisent pas, il est nécessaire de créer un environnement dans lequel l'usage du tabac est découragé par une pression sociale».

© La Libre Belgique 2001

LAURENCE DARDENNE

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