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Archevêque de Pékin et chef de file de l'Église patriotique de Chine, Fu Tieshan est décédé vendredi soir, dans un hôpital de la capitale chinoise, a-t-on appris samedi. Âgé de 75 ans, il souffrait depuis plusieurs années d'un cancer des poumons.

Mgr Fu incarnait la soumission de l'Eglise catholique au pouvoir communiste - il comptait parmi les quinze vice-présidents de l'Assemblée populaire nationale, le Parlement qui légitime les décisions du Parti - et sa disparition crée un vide qui autorise certains observateurs à espérer une évolution positive dans les relations entre Pékin et le Vatican.

D'une servilité exemplaire à l'égard du régime, Fu Tieshan était, en effet, la bête noire des membres et des défenseurs de l'Église "souterraine" de Chine, celle qui entend rester fidèle au Pape et s'oppose ainsi à l'Église officielle, chapeautée par l'Association patriotique que présidait Mgr Fu.

On rappelle, à Rome, non seulement le zèle avec lequel ce dernier maintenait son "troupeau" - au sens littéral du terme - dans le droit chemin, sinon spirituel, du moins idéologique. On le vit aussi justifier à la télévision la répression de la place Tian'anmen, s'associer à la campagne menée par les autorités contre le Falungong, et dénoncer les entreprises "séparatistes" du Dalaï Lama.

Fu Tieshan est aussi volontiers accusé d'avoir cherché à torpiller les tentatives de rapprochement entre la Chine et le Vatican esquissées par Jean Paul II. Il aurait ainsi douché de timides espoirs en condamnant avec force la décision de canoniser, en octobre 2000, 120 martyrs chinois et étrangers, au prétexte que Rome rendait hommage aux "instruments du colonialisme".

Une carrière politique

Né en décembre 1931 dans la province de Hebei (Chine du Nord), Fu Tieshan étudia au petit séminaire de Pékin, puis au célèbre collège Wen Sheng que les communistes convertiront significativement en Ecole du Parti. Ordonné prêtre, il traversa les tumultes du maoïsme sans connaître les pires tourments infligés à beaucoup de ses coreligionnaires, officiant dans deux des principales églises de Pékin, Beitang et Nantang. Le retour de Deng Xiaoping au pouvoir, après la Révolution culturelle, en fit bientôt un évêque, nommé par le pouvoir communiste, mais non reconnu par Rome. Mgr Fu gravit alors rapidement les échelons, tant dans la hiérarchie religieuse officielle que dans l'appareil politique, pour devenir, en janvier 1998, le président de l'Association patriotique, puis en mars 2003, un vice-président de l'Assemblée nationale.

Le décès de Fu Tieshan laisse l'Eglise inféodée au régime dans les mains du vice-président de l'Association patriotique, Liu Bainian, un laïc qui gouvernait de facto depuis la détérioration de l'état de santé du "patron". En commentant les préparatifs pour les funérailles, M. Liu a indiqué qu'il était prématuré d'évoquer la succession.

Deux différends majeurs

Les observateurs sont partagés sur les développements à attendre de "l'après-Fu". Les rapports entre la Chine et le Vatican buttent, depuis les années 1950, sur deux différends essentiels : la reconnaissance diplomatique de Taiwan, régime rival de Pékin, par le Saint-Siège, et le choix des évêques chinois par le gouvernement communiste sans le consentement du Pape.

Beaucoup pensent que la résolution du premier problème découlera naturellement du règlement du second. Or, l'importance que le pouvoir chinois accorde aujourd'hui à l'isolement de Taiwan sur la scène internationale pourrait, pense-t-on, l'incliner à plus de souplesse dans la sélection des évêques.

Le proche avenir confirmera ou non cette intuition en révélant dans quelle mesure la rigidité affichée à Pékin sur cette question était davantage le fait de l'Association patriotique et de son président que des plus hautes autorités de l'Etat. Plusieurs évêques avaient encore été nommés récemment avec la volonté manifeste d'irriter le Vatican, peut-être pour sanctionner la très médiatique présence du président taïwanais Chen Shui-bian aux funérailles de Jean Paul II.