International Après les Etats-Unis, l’Ouganda retire ses soldats de Centrafrique. Trop optimiste ?

Kampala a annoncé mercredi le début de son retrait de Centrafrique, où les troupes ougandaises étaient déployées depuis 2009. Elles formaient l’essentiel des troupes envoyées par l’Union africaine pour détruire la Lord’s Resistance Army (LRA) de Joseph Kony, sanglante rébellion ougandaise qui avait fait plus de 100 000 morts et deux millions de déplacés en Ouganda entre 1987 et 2006, et enlevé quelque 60 000 enfants pour en faire des tueurs.

"La décision de se retirer est fondée sur le constat que la mission consistant à neutraliser la LRA a été accomplie avec succès", a indiqué le communiqué du porte-parole de l’armée ougandaise. Joseph Kony, bien que toujours en liberté, est désormais "affaibli et inefficace", assure le texte de l’armée, commande moins d’une centaine d’hommes et "ne représente plus une menace significative pour l’Ouganda", d’où il avait été chassé en 2006.

Joseph Kony toujours en liberté

Cette décision survient quelques semaines après que l’armée américaine eut annoncé qu’elle retirait sa centaine de conseillers militaires déployés en Centrafrique, assurant que la LRA avait été réduite à "l’insignifiance".

Une étude que vient de publier le CNA (Center for Naval Analyses) - qui se présente comme une "organisation d’analyse et de recherche" et est liée à la Défense américaine - présente un avis plus nuancé. Elle constate que la LRA "est toujours active en Afrique centrale", que son chef est toujours en liberté et que la rébellion elle-même est un exemple de résistance et de survie. Même affaiblis, "ses militants continuent d’enlever et tuer des civils et sont de plus en plus impliqués dans la contrebande transfrontalière et les réseaux criminels".

L’étude signée par la chercheuse associée au CNA Pamela Faber, spécialiste de la sécurité et du développement en situation de conflit et post-conflit, explique la longue survie de la LRA par sa capacité à s’adapter. Surgie comme une révolte face à la marginalisation des Acholis (ethnie du Nord de l’Ouganda), elle s’en est prise surtout aux populations acholies, vues comme "traîtresses" parce qu’elles rejetaient la violence de la LRA. En obligeant les recrues à tuer leurs parents, elle a empêché toute réintégration de ses combattants à la vie civile.

A partir de 2006, la LRA, expulsée d’Ouganda, a beaucoup circulé entre la Centrafrique, le Congo-Kinshasa (en particulier dans le parc national de la Garamba), le Soudan et le Sud-Soudan, tirant profit du peu d’entente - ou de la mésentente - entre ces Etats et de leur instabilité en raison de conflits internes. Se déplaçant dans des régions particulièrement sous-développées et en zone forestière, elle est difficilement repérable.

Pour survivre, la LRA - qui prétend instaurer un gouvernement selon les Dix Commandements - s’est aussi alliée avec les Janjawids (milices arabes) soudanais et les Seleka (rebelles musulmans centrafricains).

Elle a diminué ses attaques contre des villages au profit d’embuscades contre des convois de nourriture et s’est lancée dans des opérations de troc et la contrebande d’ivoire, d’or et de diamants. Entre 2010 et 2016, elle a enlevé moins de femmes et d’enfants. Depuis fin 2016, toutefois, on a assisté à une recrudescence des rapts.

Priorité à la survie, au détriment de la cohésion

Enfin, la LRA s’est divisée en groupes plus petits, évitant de communiquer entre eux par radio. Cette priorité à la survie a nui à la cohésion du groupe et les défections sont nombreuses. L’étude souligne celle d’Achaye Doctor, qui a enlevé de nombreux jeunes Congolais dans la province du Bas Uélé avant de regagner la Centrafrique.

L’auteur de l’étude juge que le modèle opérationnel de la LRA peut survivre et se répandre dans d’autres groupes armés irréguliers de la région, à la faveur de collaborations entre petites unités LRA et ces groupes. Il peut aussi permettre à la LRA de se "régénérer" si cette rébellion surmonte ses divisions.


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