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La décision de séparer les enfants de leurs parents arrêtés après avoir passé clandestinement la frontière avec le Mexique au nom de la "tolérance zéro" face à l'immigration illégale provoque le malaise aux Etats-Unis, où certaines voix s'élèvent pour dénoncer une mesure cruelle, inutile et inefficace.

Des dizaines de manifestations étaient ainsi organisées à travers le pays vendredi. La politique migratoire du gouvernement Trump "est un crime et elle est immorale", a lancé Gustavo Torres, responsable d'une organisation d'aide aux immigrés latinos dans l'Etat du Maryland, lors d'un rassemblement devant le ministère de la Justice à Washington.

"L'Amérique doit rester ouverte", a pour sa part affirmé Tom Carmichael, retraité du département d'Etat.

"C'était ce que les gens voyaient avant dans les Etats-Unis, et ce serait bien si on rendait sa grandeur à cette partie de l'Amérique", a-t-il ajouté, en faisant référence au slogan de campagne du président Donald Trump.

Axel Estrada est arrivé comme clandestin en 2013 du Guatemala. Avec l'aide de CASA, il a obtenu un titre de séjour qui lui permet de faire des études et est en première année d'université.

"S'il y a cinq ans j'avais été séparé de ma mère, je ne serais pas à l'université aujourd'hui, a-t-il assuré. Si cette politique avait existé (à l'époque), je ne serais pas devant vous", a-t-il dit à la foule.

A San Antonio (Texas), l'élu démocrate Joachin Castro avait rappelé jeudi soir que "ce pays est un phare de la liberté, de la démocratie et surtout du respect des droits de l'Homme".

"On ne devient pas non humain simplement en passant la frontière", avait-il ajouté.

Le nombre de traversées illégales a augmenté depuis quelques mois à la frontière mexicaine alors que le Donald Trump a fait de la lutte contre les clandestins une priorité. En avril, près de 51.000 personnes dont plus de 9.500 familles, ont été arrêtées sur le sol américain, selon la police aux frontières.

Pour stopper le flot, le ministre de la Justice Jeff Sessions a annoncé le 7 mai une nouvelle "tolérance zéro" pour les clandestins arrêtés qui seront systématiquement inculpés pour entrée illégale avant même de pouvoir déposer une demande d'asile.

"Si vous faites passer (illégalement, ndlr) un enfant, nous vous poursuivrons. Et cet enfant sera séparé de vous, comme requis par la loi", avait notamment déclaré le ministre.

"Monnaie d'échange"

La mesure vise notamment les ressortissants des pays d'Amérique centrale qui déposent des demandes d'asile en raison d'une "peur crédible" pour leur vie. La plupart des candidats viennent du Guatemala, du Salvador et du Honduras, trois pays gangrénés par la violence des groupes criminels.

Les enfants sont placés en famille d'accueil ou chez des proches pendant que leurs parents déposent une demande d'asile. Selon les chiffres officiels, plus de 90% d'entre elles sont approuvées après un examen qui peut durer plusieurs mois.

Pour sa défense, Donald Trump a rendu la précédente administration démocrate de Barack Obama responsable de ces mesures de détention, ainsi que l'opposition démocrate au Congrès, pourtant dominé par les républicains.

"Mettez la pression sur les démocrates pour mettre fin à la loi horrible séparant les enfants de leurs parents quand ils ont passé la frontière", a-t-il dit tweeté la semaine dernière. Il a lié la fin de cette mesure au financement d'un mur à la frontière mexicaine pour stopper les clandestins.

La loi était en effet déjà en vigueur sous l'administration Obama, mais rarement appliquée. Selon l'éditorialiste du Washington Post Greg Sargent, "le changement n'est pas qu'une nouvelle règle a provoqué la séparation des familles (mais que) l'administration inculpe délibérément plus de familles en sachant parfaitement que plus d'enfants seront séparés de leurs parents".

La puissante organisation de défense des droits civiques ACLU a quant à elle dénoncé jeudi l'utilisation des familles "comme monnaie d'échange contre un mur à la frontière et d'autres mesures répressives".

Dans le Washington Post trois anciens responsables de la police aux frontières ont fustigé vendredi "une menace qui est, en fait, un coup de bluff (et qui) va faire du tort à la sécurité aux frontières", citant le manque de financement, de juges et de lieux de détention adéquats.