La politique, nouveau sport à risque en Grèce

AFP Publié le - Mis à jour le

International Dîner au restaurant est devenu une activité à haut risque pour les élus grecs dont les apparitions publiques provoquent des manifestations d'hostilité à la mesure du discrédit qui frappe l'ensemble des dirigeants du pays après deux ans d'impasse économique et politique.

Les représentants du gouvernement qui ont assisté mercredi aux célébrations du rattachement de Rhodes à la Grèce, en 1948, peuvent en témoigner.

Pendant la parade, des rafales d'insultes venues des spectateurs ont fusé en direction de la tribune officielle. Des bouteilles en plastique ont volé.

Quand ce ne sont pas des bouteilles, ce sont des yaourts. Cet équivalent grec de l'entartage a pris des proportions inégalées au cours des derniers mois. En janvier en Crête, des pierres ont été lancées contre un restaurant où était attablée la députée et ancienne ministre des Affaires étrangères Dora Bakoyannis.

En février, c'est un représentant du parti conservateur de la Nouvelle Démocratie (ND) qui a reçu des oeufs pendant un meeting à Patras, la troisième ville du pays.

A Corfou, une manifestation contre l'austérité a tourné au saccage des permanences de deux députés de la ND et de son frère ennemi socialiste du Pasok, les deux partis qui règnent sur la vie politique depuis la fin de la dictature en 1974.

"Il n'y a plus un seul député qui se risque à prendre un repas à l'extérieur, hormis dans les restaurants qui offrent des salons à l'abri des regards", explique le chef d'un établissement huppé d'Athènes.

Au grand regret de Thodoris Dravillas, un haut responsable de la ND qui estime que "régler ses comptes dans la rue n'est pas une solution".

Au moment où la Grèce se prépare à des élections législatives anticipées au printemps, le discrédit radical qui frappe l'ensemble des dirigeants pourrait rebattre les cartes d'un jeu politique enraciné dans le clientélisme. "Pendant des années, le système a bien vécu, sans offrir le minimum qu'on attendait de lui", observe Anna Vagena, une chanteuse récemment arrivée au parlement sous les couleurs du Pasok, qui juge l'affaiblissement du pouvoir politique "sans précédent".

L'adoption par une majorité des députés des deux bords d'une série de plans d'austérité exigés par les créanciers de la Grèce en échange d'un soutien financier, n'a rien fait pour améliorer leur popularité. "Les députés identifiés aux plans de sauvetage économique vont sans doute réfléchir à deux fois avant de se représenter", estime Thomas Gerakis, de l'institut de sondage Marc, qui s'attend à voir émerger "de nouveaux visages", même si "faire de la politique en Grèce de nos jours n'est pas ce qu'il y a de plus facile".

Cela ne semble pas décourager les vocations à entendre Thodoris Dravilas selon lequel les candidats à l'investiture de la ND pour les élections sont trois à quatre fois plus nombreux que le nombre de postes. "Dans certaines régions, nous avons jusqu'à 25 candidats pour six postes", affirme le hiérarque du parti.

Les derniers sondages placent le parti conservateur en tête des intentions de vote même s'il a peu d'espoir de pouvoir former une majorité à lui seul. Le Pasok pourrait réaliser le plus mauvais score de son histoire.

En attendant le scrutin, dont la date exacte n'est pas encore connue, la classe politique se prépare à une autre échéance, celle de la fête nationale du 25 mars qui pourrait donner lieu à d'autres débordements. Le Premier ministre Lucas Papademos a convoqué une réunion ministérielle lundi pour évoquer ce sujet.

En 2011, les fêtes du 28 octobre qui marquent l'entrée de la Grèce dans la Seconde Guerre mondiale en 1940 et symbolisent la résistance grecque, avaient été émaillées d'incidents.

A Salonique, des milliers de manifestants avaient, pour la première fois en 71 ans, empêché la tenue de la parade, contraignant le président de la République Carolos Papoulias, 82 ans, lui-même actif dans la résistance contre le nazisme, à quitter les lieux sous les cris de "traître".

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