International Elle s'appelle Sarah Brethes et travaille pour l'AFP. Au matin du 18 novembre 2015, date de l'assaut mené à Saint-Denis contre l'appartement dans lequel se cachait notamment Abdelhamid Abaaoud, elle a été la première à interroger le logeur, Jawad Bendaoud.

"Ça fait déjà plusieurs heures que je traîne dans la rue quand un trentenaire aux cheveux gominés, sacoche en bandoulière, torse bombé et langue bien pendue, déboule et commence à parler avec Hayet, une femme du quartier avec qui je discutais. On entend encore des balles siffler. Il a l'air nerveux, s'approche de moi", relate la journaliste avant de dévoiler l'échange qui s'en est suivi dans un article repris dans le "Making-Of" de l'AFP.

"- T'es journaliste?

- Oui, pourquoi?

- T'as des photos des mecs qui sont dans l'appartement?

- Euh... non. Pourquoi?

- Ben, parce que c'est chez moi que les flics sont en train de tout casser.

- Comment ça chez toi?!(Je sors alors mon carnet et commence à noter, d'abord incrédule)

- Un pote m'a demandé de loger des potes à lui. J'ai dit qu'il n'y avait pas de matelas, ils m'ont dit: "C'est pas grave", ils voulaient juste de l'eau et un endroit où faire la prière.

- De l'eau et un endroit où prier? Mais ça t'a pas mis la puce à l'oreille?- Ben non. Mais j'ai rappelé mon ami. Il m'a dit qu'ils venaient de Belgique...

Médusée, je m'éloigne pour appeler le bureau et dicter une dépêche. "C'est pas possible... T'es sûre que c'est vrai?", me demande ma collègue. "Je pense. Le mec a l'air vraiment premier degré. Écrivons qu'il se présente comme le logeur, on verra bien. Je vais prendre son nom"."

De retour à proximité de Jawad Bendaoud, Sarah Brethes se rend compte qu'il réagit au micro de BFMTV. Son intervention, tout le monde la connaît désormais.

Elle revient alors à hauteur d'Hayet et lui demande si elle en sait davantage. "Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire d'appartement sans matelas? C'est vraiment chez lui?" - "Pas tout à fait. En fait c'est une sorte de squat dont il a forcé la porte. Il l'a rénové et il dépanne des gens parfois".

Par la suite, les médias apprendront que Jawad Bendaoud était "un "petit caïd" bien connu à Saint-Denis, "homme de main de marchands de sommeil", a déjà été condamné à huit ans de prison pour "coups mortels" sur son meilleur ami." Il passera 7 jours et 7 nuits en garde à vue avant d'être mis en examen puis incarcéré "pour avoir fourni la planque en connaissance de cause".