International Quelques heures durant, Beyrouth a vécu au rythme des allers et venues de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice en visite surprise jeudi au Liban dans le cadre d'une tournée moyen-orientale.

Soutien à la souveraineté

Au cours de cette visite placée sous haute sécurité, la responsable américaine a rencontré le patriarche maronite Nasrallah Sfeir ainsi que les leaders de la majorité parlementaire anti-syrienne, le druze Walid Joumblatt, Saad Hariri, le fils de l'ancien Premier ministre assassiné, Rafic Hariri et le chef du gouvernement Fouad Siniora. Mme Rice s'est également entretenue avec le président du Parlement et chef du mouvement chiite Amal, Nabih Berry.

Le Président libanais n'était, en revanche, pas au menu de sa tournée. La décision d'éviter Emile Lahoud (photo) est d'autant plus symbolique que, depuis le 14 février, premier anniversaire de l'assassinat de M. Hariri, les forces de la majorité anti-syrienne ont lancé une offensive tous azimuts pour obtenir la démission du Président libanais. Celui-ci est en effet considéré par ces forces comme «un legs de la tutelle syrienne sur le Liban». Diplomate, Condoleezza Rice, qui a expliqué que sa visite visait à «soutenir» le Liban sur la voie de la «souveraineté», s'est refusé à toute déclaration concernant un éventuel successeur de Lahoud.

La semaine dernière, Mme Rice avait pourtant souligné, lors d'une interview accordée à une chaîne de télévision libanaise, que le pays du Cèdre se porterait mieux avec un nouveau président qui «regarde vers l'avenir du Liban, et non vers le passé».

Quelques heures après le départ de Mme Rice, on apprenait en outre l'annulation de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres. Ne pouvant se réunir à leur quartier général pour des raisons de sécurité, selon le ministre de l'Intérieur par intérim, Ahmad Fatfat, les ministres se trouvaient contraints de se rencontrer au palais présidentiel. Décidés à boycotter M. Lahoud, ils ont refusé de s'y rendre. Une décision qui a fait monter d'un cran la tension au Liban.

Parallèlement, la première pétition parlementaire anti-Lahoud a été remise mercredi au secrétariat général de la Chambre. Quatorze députés actuels et anciens y ont expliqué avoir voté la prorogation du mandat Lahoud en 2004 en raison des menaces exercées à leur encontre par les services de sécurité syriens et libanais.

Serge Brammertz à Damas

Autre sujet sensible, la question des armes du Hezbollah, le parti chiite libanais, était également à l'ordre du jour de cette visite. Mme Rice a souligné que «seul l'Etat libanais avait le droit de posséder des armes». Si le parti de Dieu refusait de se soumettre à la résolution onusienne 1559 qui requiert, entre autres, le désarmement des milices libanaises, «il faudrait demander l'arbitrage de la Cour internationale de justice», a déclaré Mme Rice.

Abordant le dossier syrien, Mme Rice a souligné que Damas «ne devrait pas être en position d'intimider le Liban ou de continuer à l'occuper par des moyens dérobés». La secrétaire d'Etat américaine a également exhorté Damas, pour la énième fois, à coopérer pleinement avec la commission d'enquête internationale de l'Onu sur l'assassinat de Rafic Hariri. Une commission qui avait conclu, dans ses deux premiers rapports, à l'implication des services de renseignements syriens et libanais dans cet attentat.

Alors que le prochain rapport est attendu mi-mars, une porte-parole de l'Onu a annoncé jeudi que le nouveau chef de la commission, le magistrat belge Serge Brammertz, a effectué une visite éclair à Damas. Une visite qualifiée de «bonne» au cours de laquelle M. Brammertz a rencontré le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem.

© La Libre Belgique 2006