La prison ou l'asile ? Le Parquet dresse son réquisitoire contre Breivik

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Le procès d'Anders Behring Breivik, jugé pour la mort de 77 personnes l'an dernier en Norvège, a repris jeudi avec le réquisitoire du Parquet pour qui les faits sont indiscutables même si tout n'a pas été élucidé.

La procureur Inga Bejer Engh a ouvert la séance peu après 12h00 (10h00 GMT) en affirmant que "le 22 juillet 2011 fut, et est encore, un traumastisme national. Des milliers de personnes ont été touchées directement ou indirectement". Peu avant midi Breivik était arrivé menotté et escorté par des policiers dans le tribunal, vétu d'un costume sombre avec une chemise blanche et une cravate bleu clair.

Le procès se déroule sur fond de divergences des experts-psychiatres sur la santé mentale de l'accusé. Les procureurs Svein Holden et Inga Bejer Engh doivent prendre position sur la responsabilité pénale de Breivik et, par ricochet, sur le sort à lui réserver: l'asile ou la prison.

Engh qui parle d'une voix forte et claire, presque martiale, beaucoup moins douce qu'habituellement martèle: "Ce qui aggrave les choses c'est que les attaques n'ont pas été impulsives mais minutieusement planifiées pour tuer le plus de gens possible... l'accusé s'en est pris à un système qu'il abhorre". Elle reconnaît : "nous n'avons pas toutes les réponses dans cette affaire", mais "les faits sont indiscutables".

La procureur relève que l'organisation mystique que Breivik dit représenter, les Chevaliers Templiers, mais dont la police n'a pas pu prouver l'existence, sont une des idées "délirantes" qui peuvent être symptômatiques d'une schizophrénie.

Dans l'acte d'accusation formel dressé en mars, les deux procureurs s'étaient prononcés pour l'internement psychiatrique, tout en laissant la porte ouverte à un emprisonnement si de nouveaux éléments sur la santé mentale de l'extrémiste de droite devaient émerger.

Leur position s'appuyait sur la seule expertise psychiatrique officielle existant alors, laquelle avait conclu que Breivik souffrait de "schizophrénie paranoïde", une psychose synonyme d'irresponsabilité pénale. Ce diagnostic a depuis été contredit par une contre-expertise et l'ensemble des autres psychiatres appelés à témoigner au tribunal d'Oslo, y compris ceux qui ont observé Breivik en détention.

Contrairement aux deux auteurs de la première évaluation, tous ces spécialistes s'entendent pour dire que l'extrémiste de 33 ans présente des troubles de la personnalité --une condition insuffisante pour éviter la prison--, mais pas de psychose.

Selon un sondage paru jeudi, près de trois Norvégiens sur quatre estiment qu'Anders Behring Breivik est suffisamment sain d'esprit pour être condamné à la prison plutôt qu'à un internement psychiatrique.

S'il est reconnu pénalement irresponsable, Breivik risque l'internement psychiatrique, potentiellement à vie. Responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait être prolongée tant qu'il sera jugé dangereux. Pour pouvoir le condamner à la prison, les juges doivent être convaincus qu'il est pénalement responsable au-delà du doute raisonnable, sans que l'on sache précisément où la barre se situe.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait ouvert le feu sur des jeunes travaillistes réunis en camp d'été sur Utoeya, faisant 69 morts, des adolescents pour la plupart. Juste auparavant, il avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, tuant huit autres personnes.

Devant la Cour, l'accusé avait qualifié ces attaques d'"atroces mais nécessaires" pour protéger la Norvège contre le multiculturalisme et "l'invasion musulmane".

Entamé le 16 avril, le procès s'achèvera vendredi avec la plaidoirie des avocats de la défense qui demanderont l'acquittement puisque leur client plaide non coupable ou, à défaut, qu'il soit reconnu responsable et condamné à la prison.

Tenant à être reconnu sain d'esprit pour ne pas voir son idéologie invalidée par un diagnostic pathologique, Breivik a, lui, estimé qu'un internement psychiatrique serait "pire que la mort".

Le verdict est attendu le 20 juillet ou le 24 août.

Publicité clickBoxBanner