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La province méridionale syrienne de Deraa, qui pourrait être la prochaine cible du régime après la chute de la Ghouta orientale, est le berceau de la contestation qui a éclaté en mars 2011.

Elle est proche de la Jordanie et du Golan annexé par Israël.

L'étincelle 

Le 6 mars 2011, une quinzaine d'adolescents à Deraa, à une centaine de kilomètres de Damas, séduits par le leitmotiv des révolutions tunisienne et égyptienne, gribouillent sur les murs de leur école des slogans hostiles au président Bachar al-Assad.

La réaction du régime est brutale: les garçons sont emprisonnés --et torturés selon les militants-- provoquant l'indignation et l'étincelle d'un soulèvement inédit.

Le 15 mars, les premières manifestations pour "une Syrie sans tyrannie", "sans corruption ni monopole des richesses", éclatent à Damas dans le sillage du Printemps arabe.

Noyau de la contestation 

A Deraa, les protestataires s'en prennent aux symboles du régime, avant que le mouvement ne déborde dans les villes voisines.

Le 23 mars, au moins 100 personnes sont tuées par les forces de l'ordre, selon des militants et des témoins. M. Assad chasse le gouverneur et le responsable local des services de renseignements, sans réussir à ramener le calme.

Dans cette région agricole, les habitants reprochaient à l'ancien gouverneur de différer l'acquisition des titres de propriété et d'empêcher de forer des puits pour l'irrigation.

Le 26 avril, le régime --qui veut réduire les poches de résistance-- envoie l'armée: Deraa est remise au pas au terme d'une opération militaire de dix jours et l'arrestation de plusieurs centaines de personnes. Début juin, l'ONG Human Rights Watch dénonce des "crimes contre l'humanité" dans la région de Deraa, évoquant des tueries systématiques, des passages à tabac, des tortures.

"Zones de désescalade" 

La province de Deraa est l'un des derniers foyers des forces rebelles en Syrie, qui y ont perdu de vastes territoires au profit du régime.

Elle est morcelée entre différents groupes rebelles, qui en contrôlent près de 70%, les forces du régime et le groupe Etat islamique, qui y maintient une moindre présence. Son chef-lieu éponyme est en grande majorité aux mains des progouvernementaux.

La province a été régulièrement le théâtre de combats entre forces du régime et insurgés.

En 2016, les forces loyalistes, appuyées par l'aviation russe, des combattants du mouvement chiite libanais Hezbollah, ont repris Cheikh Miskine, carrefour stratégique menant au nord à Damas et à l'est à Soueida, aux mains du régime, avant de s'emparer d'Atmane, une localité clé de la province.

En juillet 2017, un cessez-le-feu est entré en vigueur, ainsi que dans les provinces de Qouneitra et Soueida (sud), à l'initiative de la Russie, de la Jordanie et des Etats-Unis. Ces trois provinces font partie des "zones de désescalade" instaurées entre la Russie et l'Iran, alliés du régime, et la Turquie, soutien des rebelles.

Pauvreté 

Aux premiers mois de la contestation, les manifestants dénonçaient à Deraa la politique économique du gouvernement, s'attaquant à des compagnies symboles du régime comme la compagnie Syriatel, détenue majoritairement par le cousin du président Assad. Des slogans contre la corruption étaient scandés dans des villes avoisinantes.

Cette ville sunnite, qui comptait 75.000 habitants avant le début du conflit, avait sombré dans une pauvreté aggravée par la sécheresse qui sévissait depuis plusieurs années, accélérant l'exode rural.

Bosra al-Cham 

Jadis capitale de la province romaine d'Arabie et importante étape sur l'ancienne route caravanière de La Mecque, la ville de Bosra, dans la province de Deraa, est célèbre pour son théâtre romain et des ruines paléochrétiennes. Elle est inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco.

En mars 2015, les rebelles ont chassé les milices prorégime des secteurs chiites de Bosra al-Cham.