International Le gouverneur, chrétien, de Jakarta a été condamné à deux ans de prison pour "blasphème".

Un tribunal de Jakarta a créé la surprise, mardi, en condamnant à deux ans de prison pour "blasphème" le gouverneur sortant de la capitale indonésienne, Basuki Tjahaja Purnama, un protestant issu de la minorité chinoise de l’archipel. Les cinq juges de la cour ont, en effet, très nettement outrepassé les réquisitions du procureur, qui avait réclamé une peine d’un mois avec sursis, assortie d’une mise à l’épreuve de deux ans. Ils ont, en outre, ordonné l’arrestation immédiate du prévenu, qui a annoncé vouloir interjeter appel.

Les déboires de celui qui est affectueusement surnommé Ahok (en dialecte hakka) remontent à la campagne électorale lors de laquelle il brigua vainement sa reconduction au poste de gouverneur (battu au second tour, le 19 avril, par l’ex-ministre de l’Education Anies Baswedan, il sortira de charge en octobre). Ahok avait déclaré, en septembre dernier, que l’interprétation, par certains théologiens, d’un verset du Coran selon lequel un musulman ne doit élire qu’un dirigeant musulman, était erronée.

L’affaire, instrumentalisée par les milieux islamistes, avait immédiatement provoqué une controverse dans le plus grand pays musulman du monde. Sous la pression de la rue, la justice a fini par inculper le gouverneur de blasphème, un délit pour lequel il était passible de cinq années d’emprisonnement.

Des musulmans "blessés et provoqués"

Les juges, qui ont rendu leur verdict à l’unanimité, justifient leur sévérité par le fait que l’accusé n’éprouvait, selon eux, aucune culpabilité. "Il a blessé les musulmans et provoqué leur colère", résume l’un d’eux.

Si la condamnation a donc été applaudie par les musulmans radicaux (certains regrettant qu’elle n’ait pas été plus sévère encore), beaucoup s’inquiètent, en revanche, d’une atteinte au climat de tolérance et de liberté religieuse qui a généralement prévalu dans un archipel où cohabitent l’islam, majoritaire, le christianisme et l’hindouisme. Elle confirme l’influence croissance des courants conservateurs dans ce pays de 250 millions d’habitants.

Les Indonésiens choisiront leur nouveau président en 2019. L’élection au gouvernorat de la capitale et de ses dix millions d’habitants est considérée comme un tremplin. Premier gouverneur non musulman de Jakarta en un demi-siècle, Ahok, alors vice-gouverneur, avait automatiquement succédé à Joko Widodo lorsque celui-ci avait accédé à la présidence de l’archipel en 2014.