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La situation a fortement évolué à Guantanamo depuis un peu plus d'un an, selon le nouveau rapport de la présidente sortante du sénat belge, Anne-Marie Lizin, qui est la représentante spéciale de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour les questions de sécurité et de droits de l'homme liées à la prison militaire américaine située à Cuba.

Le monde judiciaire récupère

Depuis la première visite de Mme Lizin à Guantanamo, en mars 2006, "le débat politique aux Etats-Unis, qui a produit notamment des propositions de loi visant à la fermeture de Guantanamo, a modifié la donne. Le monde judiciaire récupère aussi sa capacité de contrôle", a-t-elle déclaré mardi lors de la présentation des grandes lignes de son troisième rapport. Anne-Marie Lizin avait été désignée en 2005 comme représentante spéciale de l'OSCE.

Le document fait suite à la deuxième visite de Mme Lizin à Guantanamo, le 20 juin dernier. Il sera discuté le 8 juillet par l'Assemblée parlementaire de l'OSCE, réunie à Kiev (Ukraine).

La destination du centre de détention et le niveau de dangerosité des détenus ont changé également, a souligné Simon Petermann, professeur de Relations internationales à l'Université de Liège. "Depuis l'ouverture de la prison en 2002, plus de la moitié des détenus ont été transférés vers d'autres pays, d'autres sont en attente de transfert et une quinzaine de prisonniers considérés comme extrêmement dangereux, dont le cerveau présumé des attentats du 11 septembre, Khaled Cheik Mohammed, ont été transférés, en septembre 2006, des prisons secrètes de la CIA vers Guantanamo, qui est en train de devenir une prison militaire de haute sécurité", a-t-il expliqué.

Le nombre de prisonniers à Guantanamo est aujourd'hui d'environ 375, dont 60 à 80 considérés comme très dangereux, selon le Pr Petermann.

Il faut le fermer

Si la présidente sortante du sénat belge réinsiste, dans son rapport, sur la nécessité de fermer le camp de détention, qui "nuit à l'image des Etats-Unis dans le monde", elle a aussi appelé, par courrier, nombre de pays à accepter d'accueillir sur leur territoire des détenus transférables, actuellement au nombre de 80, dont 25 immédiatement.

"J'ai reçu peu de réponses, lesquelles n'étaient pas très positives", a-t-elle déploré, en ajoutant qu'"il n'y a pas d'autre optique que de fermer ou de dispatcher".

Anne-Marie Lizin a également perçu, lors de sa dernière visite sur place, un processus de radicalisation chez les détenus, dont la plupart se disent toujours djihadistes. Elle souligne que ceux-ci entretiennent une cohésion de groupe très forte, "qui peut renforcer leur volonté mentale de combat".

La parlementaire belge a par ailleurs constaté que des efforts avaient été accomplis en vue d'aligner les différents régimes de détention sur les standards des prisons américaines. (Belga)