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Les Slovènes votent ce dimanche pour des législatives où l'ancien Premier ministre conservateur Janez Jansa espère signer son retour au pouvoir après avoir agité le spectre d'une invasion migratoire dans ce petit pays de la zone euro situé sur l'ancienne "route des Balkans".

Quelque 1,7 million d'électeurs sont appelés aux urnes pour ce scrutin proportionnel programmé de 05h00 GMT à 17h00 GMT, et qui intervient après quatre ans de gouvernement de centre-gauche.

Battu en 2014, où il avait fait campagne depuis la prison où il purgeait une peine pour corruption, M. Jansa, 59 ans, est crédité d'une nette avance par les sondages, avec 25,1% d'intentions de vote selon l'institut Ninamedia.

Il distancie très largement le Premier ministre sortant de centre-gauche Miro Cerar, usé par quatre années de pouvoir malgré une croissance économique record, et dont le Parti du centre moderne (SMC) plafonne à 9,3%.

Premier ministre de 2004 à 2008, M. Jansa avait obtenu un second mandat en 2012 avec son Parti démocratique slovène (SDS), mais avait dû démissionner au bout d'un an, miné par l'affaire qui a mené à sa condamnation en 2014.

Le dirigeant conservateur, qui a obtenu l'annulation du jugement la même année, a construit son retour au premier plan en empruntant des accents xénophobes à son allié Viktor Orban.

Le Premier ministre national-conservateur hongrois lui a d'ailleurs apporté un soutien appuyé durant sa campagne, allant jusqu'à le qualifier de "garant de la survie du peuple slovène".

"Répandre la peur" 

Omniprésent sur la scène politique slovène depuis l'indépendance en 1991 de cette ex-république yougoslave, entrée dans l'Union européenne en 2004, M. Jansa, un ancien dissident à la personnalité jugée clivante, s'expose à devoir mener de délicates négociations pour rassembler une majorité de gouvernement.

Dans ce contexte, l'indépendant Marjan Sarec, un ancien comédien devenu maire d'une petite ville de province, apparaît en position de possible faiseur de roi, avec 11,9% d'intentions de vote.

Malgré le recul de M. Cerar, le bloc constitué par l'actuelle majorité de centre-gauche continue de peser près de 29%, les sociaux-démocrates étant crédités de 12,4% et le parti des retraités Desus de 7,1%.

M. Jansa est assuré du soutien du petit parti de centre-droit Nouvelle Slovénie (NSi, 7,7%). Les instituts ont souligné que le grand nombre d'électeurs indécis ouvrait la voie à de possibles surprises le soir du scrutin.

Comme les formations de gauche et de centre-gauche, M. Sarec a exclu à ce stade toute alliance avec M. Jansa.

"Répandre la peur (des migrants) et impliquer le Premier ministre d'un pays voisin dans notre campagne, c'est franchir la ligne rouge. Ni moi ni les membres de ma liste ne pouvons nous inscrire dans une telle constellation", a-t-il déclaré à l'AFP.

Grogne sociale 

Mais M. Jansa s'est montré confiant: "Les téléphones commencent à sonner une fois que les résultats sont connus", a-t-il souligné lors d'un débat télévisé, assurant être prêt à engager des pourparlers avec tous les partis après le vote.

Le dirigeant conservateur, crédité d'un socle électoral solide, pourrait notamment tirer profit d'une participation électorale faible. Selon les instituts, celle-ci ne devrait pas dépasser les 60%.

Pour la première fois depuis dix ans, les élections slovènes se déroulent dans un contexte de croissance économique soutenue et de chômage bas, dans ce pays frappé de plein fouet par la crise économique de 2008, et qui avait échappé de peu à une mise sous tutelle internationale en 2013.

La campagne s'est néanmoins déroulée dans un contexte de grogne sociale et de revendications de hausses des salaires et des retraites après dix années d'austérité.

Une réforme du système de santé, jugé inefficace et coûteux, et l'amélioration du climat des affaires ont également été réclamées, un mécontentement qui a pesé dans la décision de M. Cerar en mars d'écourter légèrement son mandat.

Mais M. Jansa a réussi durant sa campagne à faire de l'immigration un thème central, avec l'appui de médias financés par des fonds hongrois, a relevé le quotidien Dnevik.

Près de 500.000 migrants ont transité par la Slovénie en 2015 et 2016 avant de poursuivre leur route vers l'ouest de l'Europe, une vague qui avait alors poussé le gouvernement de M. Cerar à ériger une clôture de 200 kilomètres à la frontière croate. Seul un millier de réfugiés et de demandeurs d'asile vivent dans le pays aujourd'hui, selon les chiffres officiels.