La thèse du complot évoquée à Washington

AFP Publié le - Mis à jour le

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L'attaque, le 11 septembre, contre le consulat américain de Benghazi en Libye, au cours de laquelle l'ambassadeur des Etats-Unis et trois autres Américains ont été tués, semble avoir été planifiée, estimaient mercredi soir des responsables américains.

Initialement mise sur le compte d'hommes armés en colère contre un film anti-islam, l'attaque résulterait d'une opération coordonnée plutôt que de débordements d'une foule en colère, a affirmé mercredi à l'AFP un responsable américain.

"C'est l'hypothèse de travail en ce moment", a ajouté ce responsable sous couvert d'anonymat. Selon cette source, les extrémistes se sont servis de manifestants qui protestaient contre le film comme d'un "prétexte" pour s'en prendre au consulat américain avec des armes de petit calibre mais aussi des lance-roquettes.

"Il y a des détails encore assez flous, mais clairement on a la signature d'Al-Qaïda", a estimé de son côté Mike Rogers, président républicain de la commission du renseignement au Congrès américain, sur la chaîne CNN.

Mystère sur les circonstances de la mort de l'ambassadeur

Un responsable américain a reconnu lors d'une conférence de presse téléphonique organisée mercredi par le département d'Etat "travailler dans la confusion des premières informations" car "beaucoup de détails sur ce qui s'est passé à Benghazi restent inconnus ou pas clairs". Il a toutefois dévoilé une "petite partie de la chronologie" de l'"attaque complexe" perpétrée contre le consulat de Benghazi mardi soir.

Il est 22H00 en Libye (20H00 GMT) lorsque l'enceinte des bâtiments abritant la mission américaine est visée par "des tirs d'extrémistes libyens non identifiés", a raconté le responsable. Un quart d'heure plus tard, "les assaillants pénètrent dans le complexe, ouvrent le feu sur le bâtiment principal, déclenchant un incendie". Les gardes de sécurité libyens et américains ont alors "riposté".

A cet instant, l'ambassadeur Stevens, un responsable de la communication, Sean Smith, et un officier américain pour "la sécurité régionale" sont dans le bâtiment principal du consulat. Mais l'incendie, qui dégage "une épaisse fumée noire", les contraint à "se séparer" et à "essayer d'évacuer le bâtiment en feu", a poursuivi le responsable.

L'ambassadeur Christopher Stevens Photo: AFP

"L'agent de sécurité régionale parvient à sortir, puis retourne avec un autre agent dans le bâtiment en feu pour porter secours à Chris (Stevens) et à Sean (Smith)", a expliqué le responsable, saluant "un effort héroïque". Les deux hommes découvrent alors "Sean, déjà mort, qu'ils sortent du bâtiment". L'ambassadeur Stevens est introuvable.

Plusieurs officiers de sécurité tentent de retourner dans le bâtiment principal. Ils sont à chaque fois "repoussés par des tirs nourris et se mettent à l'abri dans l'annexe du consulat", a encore relaté le responsable. Les Américains reprendront le "contrôle du bâtiment principal vers 23H20" (21H20 GMT).

Puis, c'est "l'annexe" du consulat qui est mitraillée "pendant deux heures". "C'est à ce moment-là que deux agents américains de plus ont été tués et deux autres encore blessés", selon le responsable.

D'après son récit, "il est 02H00 à Benghazi (00H00 GMT) lorsque les forces de sécurité libyennes nous aident à reprendre le contrôle de la situation". "A un moment, au milieu de tout cela, et nous ne savons franchement pas quand, nous pensons que l'ambassadeur Stevens a été sorti du bâtiment et emmené dans un hôpital à Benghazi. Nous n'avons pas d'informations sur son état à ce moment-là", a assuré le responsable américain, ajoutant que "son corps avait été remis ensuite à des agents américains à l'aéroport de Benghazi".

Nous n'y voyons pas clair sur les circonstances entre le moment où (l'ambassadeur) a été séparé du reste du groupe dans le bâtiment en feu et le moment où l'on nous a indiqué qu'il était dans un hôpital de Benghazi", a-t-il reconnu.

Barack Obama : "Justice sera faite"

Mme Clinton a bien pris soin de faire le distinguo entre un "petit groupe sauvage" responsable de l'attaque et le "peuple libyen". lL secrétaire d'Etat Hillary Clinton a condamné un "attentat choquant pour toutes les consciences"

Le président américain Barack Obama a dénoncé une attaque "choquante" tout en écartant une rupture des liens avec la Libye. "Les Etats-Unis condamnent dans les termes les plus forts cette attaque scandaleuse et choquante", a dit M. Obama lors d'une intervention solennelle à la Maison Blanche.

Il a tenu à souligner que nombre de Libyens avaient tenté d'aider les Américains pendant l'attaque, et avaient transporté la dépouille de l'ambassadeur à l'hôpital. "L'attaque ne rompra pas les liens entre les Etats-Unis et la Libye", a-t-il déclaré.

M. Obama a en outre donné l'ordre de mettre les drapeaux américains en berne sur les édifices publics jusqu'à dimanche.

Le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey, a quant à lui téléphoné au controversé pasteur américain Terry Jones pour lui demander de ne plus soutenir le film. Ce dernier s'est rendu célèbre pour avoir brûlé un exemplaire du Coran.

Il a aussi ordonné de revoir les mesures de sécurité autour de toutes les missions diplomatiques américaines. Un responsable américain a précisé que le personnel du consulat à Benghazi avait été évacué vers l'Allemagne et que la présence diplomatique américaine à Tripoli avait été réduite.

Les autorités libyennes ont présenté leurs excuses aux Etats-Unis et pointé du doigt à la fois les partisans du régime déchu de Mouammar Kadhafi et Al-Qaïda après cette attaque survenue mardi soir, jour du 11e anniversaire des attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis commis par le réseau islamiste.

Un film embrase le monde musulman

Les protestations contre le film "Innocence of Muslims" ("L'innocence des musulmans") ont commencé à faire tâche d'huile avec des rassemblements devant des représentations américaines à Casablanca, Tunis et Khartoum. Une manifestation est prévue jeudi à Téhéran devant l'ambassade de Suisse qui représente les intérêts américains.

Pour la deuxième soirée consécutive, des islamistes ont manifesté devant l'ambassade des Etats-Unis au Caire, après un appel des autorités à la retenue. Les puissants Frères musulmans ont appelé à un rassemblement vendredi à travers l'Egypte.

Signé par un certain Sam Bacile -- un pseudonyme --, qui décrit l'islam comme un "cancer", le film se veut une description de la vie du prophète Mahomet et évoque les thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie. "Son réalisateur est bouleversé par le meurtre" du diplomate et se cache par peur d'être tué, selon un de ses collaborateurs, Steve Klein, qui a dit à l'AFP lui avoir parlé au téléphone tout en ignorant où il se trouve.

Un arrêt sur image du film de Sam Bacile

Selon des médias américains, il s'agirait d'un promoteur immobilier israélo-américain, mais son nom était introuvable sur internet avant les événements des derniers jours.

Mardi soir, des hommes armés ont attaqué notamment avec des roquettes le consulat à Benghazi (est), considéré comme un fief des islamistes radicaux, selon des sources de sécurité.

Des bombes artisanales ont été lancées et des affrontements ont opposé les forces de sécurité aux hommes armés parmi lesquels des salafistes, ont indiqué des témoins. Le consulat a été incendié après avoir été pillé et vandalisé, selon eux.

L'ambassadeur Chris Stevens, qui avait soutenu ardemment la révolte contre le régime Kadhafi, et trois fonctionnaires du consulat ont péri. Trois à six civils américains auraient été blessés, selon des responsables américains. Des agents de sécurité libyens ont également été tués, d'après un diplomate libyen à l'ONU.

La mort de l'ambassadeur serait dû à une asphyxie au monoxyde de carbone, a indiqué une source de sécurité.

L'attaque de Benghazi est la première de cette envergure contre une ambassade occidentale en Libye depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011. Elle illustre une fois de plus l'incapacité des autorités à assurer la sécurité dans un pays où les milices armées font la loi.

A New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a qualifié ces actes d'"injustifiables quels que soient leurs motivations, leurs auteurs" et les circonstances.

A Tripoli, le président du Congrès général national, plus haute autorité politique du pays, Mohamed al-Megaryef, a "présenté (ses) excuses aux Etats-Unis, au peuple américain et au monde entier" pour cette "attaque lâche". "Ce qui s'est passé hier coïncide avec le 11 septembre et a une signification claire", a-t-il affirmé, en allusion à Al-Qaïda.

Malgré tout, l'Assemblée nationale libyenne a élu mercredi soir le vice-Premier ministre du gouvernement sortant, Moustapha Abou Chagour, chef du nouveau gouvernement de transition. Sa principale tâche sera justement de mettre en place une armée et une police professionnelles pour faire face à l'escalade des violences.

La marine américaine envoie deux navires vers la Libye

La marine américaine a ordonné mercredi à deux navires de faire route vers les côtes libyennes après la mort la veille de l'ambassadeur des Etats-Unis dans l'attaque du consulat américain à Benghazi (est de la Libye), selon un haut-gradé américain.

"Deux destroyers vont être à proximité de la Libye, mais simplement par mesure préventive", a déclaré cette source, précisant que ces mouvements n'induisaient pas d'opération militaire imminente.

"Sans vouloir commenter des mouvements spécifiques de navires, les militaires américains prennent régulièrement des mesures de précaution dans certaines situations. Ce n'est pas seulement logique dans certaines circonstances, c'est aussi une mesure de prudence", a ajouté ce haut-gradé.

Obama accuse Romney de "tirer d'abord et viser ensuite"

"Il y a une leçon à tirer de cette affaire: on dirait que le gouverneur Romney a tendance à tirer d'abord et viser ensuite", a déclaré M. Obama dans un entretien à la chaîne CBS, une réaction particulièrement cinglante, même à l'échelle d'une campagne présidentielle acharnée.

"En tant que président, l'une des choses que j'ai apprises est que l'on ne peut pas faire cela. Il est important de s'assurer que les déclarations que vous effectuez sont soutenues par les faits, et que vous avez pensé à toutes les conséquences avant de les prononcer", a poursuivi M. Obama.

Ces déclarations ont été lues, avant leur diffusion par CBS, aux journalistes dans l'avion Air Force One par le porte-parole de M. Obama, Jay Carney.

Ce dernier a aussi dit que M. Obama avait parlé au téléphone avec des membres des familles de deux des quatre Américains tués dans l'attaque du consulat des Etats-Unis à Benghazi.

Plus tôt mercredi, M. Romney a réitéré ses critiques contre la réaction de l'administration Obama aux manifestations violentes, qui ont eu lieu la veille devant l'ambassade américaine au Caire, évoquant l'envoi de "signaux ambigus".

Le républicain évoquait en particulier un communiqué de l'ambassade des Etats-Unis au Caire qui condamnait le film à l'origine des manifestations en Egypte et en Libye. Il avait déjà critiqué la réaction de l'administration Obama mardi soir.

Pour le rival de Barack Obama dans la course à la Maison Blanche, l'administration du président démocrate sortant a commis "une erreur" en publiant un communiqué "solidaire envers ceux qui s'étaient introduits dans notre ambassade en Egypte au lieu de condamner leurs actes".

Il a aussi répété ses critiques à l'encontre de la première réaction américaine aux manifestations en Egypte, estimant qu'il "n'est jamais trop tôt pour l'administration américaine pour condamner des attaques menées contre des Américains et pour défendre nos valeurs".

Le candidat républicain à la présidentielle du 6 novembre avait déjà qualifié de "honteuse" la réaction du gouvernement Obama aux attaques antiaméricaines des islamistes en Egypte et en Libye, dans un communiqué diffusé mardi soir. Ces déclarations semblent surtout avoir donné un nouvel angle d'attaque à M. Obama contre son adversaire sur le thème de la politique étrangère, un exercice auquel le président s'est adonné sans relâche ces derniers mois.

"On n'est peut-être pas prêt à la diplomatie avec Pékin si l'on ne peut pas se rendre aux jeux Olympiques sans insulter notre allié le plus proche", avait ainsi lancé il y a une semaine M. Obama lors de la convention démocrate de Charlotte (Caroline du Nord, sud-est), allusion à une visite effectuée par M. Romney fin juillet à Londres au cours de laquelle il avait piqué au vif la fierté de ses hôtes par des déclarations sur l'impréparation des JO.

Dès le 8 décembre 2011, M. Obama avait répondu aux républicains, dont Mitt Romney, qui l'accusaient d'"apaisement" envers les pays ennemis des Etats-Unis: "Demandez à Oussama ben Laden et aux 22 dirigeants d'Al-Qaïda sur 30 qui ont été mis hors d'état de nuire, si je pratique l'apaisement!", avait-il rétorqué lors d'une conférence de presse.

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