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Une analyse de Christophe Lamfalussy, journaliste à La Libre Belgique et spécialiste du terrorisme. 

La vidéo diffusée dimanche soir par l'Etat islamique est l'une des plus violentes et les plus abouties techniquement de sa filiale médiatique Al Hayat. D'une durée de dix-sept minutes, passant du français à l'arabe, elle met en scène les neuf terroristes belges, français et irakiens qui ont tué froidement 130 personnes à Paris le 13 novembre dernier et qui sont morts depuis.

Dans cette mise en scène macabre, Abdelhamid Abaaoud tient le rôle principal.

Avec un léger accent bruxellois, le Belgo-marocain déroule le message central de cette vidéo, qui vise d'une part à semer la peur dans les populations occidentales et d'autre part à tenter de rallier les musulmans d'Europe à la cause de Daech. Abaaoud n’apparaît que quelques secondes dans la vidéo (par contre, on entend plus longuement sa voix, mal enregistrée avec un écho, peut-être sur Skype) et ne procède pas à l'exécution d'un prisonnier comme tous les autres.


Le groupe affirme agir sur l'ordre de l'émir Abou Bakr Al-Bagdhadi pour venger les frappes aériennes, très précises, de la coalition internationale contre l'Etat islamique.“Nous allons vous tuer où que vous soyez”, déclare le Français Foued Mohamed-Aggad.

“Vous détruisez nos maisons, et vous tuez nos pères, nos mères et nos enfants (...) Vous ne serez en sécurité ni dans vos maisons, ni dans vos rêves”, menace Bilal Hadfi qui était encore élève de l'institut Anneessens Funck à Bruxelles en février 2015. Le Bruxellois, de nationalité française, décapite ensuite un prisonnier et sourit à la caméra. Tous les autres djihadistes le feront à leur tour, sauf les deux Irakiens présumés, Ukashah Al-Irak et Ali Al-Iraki, qui exécutent leurs otages d'une balle dans la tête.

Seuls neuf kamikazes apparaissent dans cette vidéo. Il n'y pas d'allusion à Salah Abdeslam, ni au dixième homme qui était mentionné dans la revendication faite par Daech juste après les attentats de Paris, ni aux très recherchés “Bouzid” et “Kayal” qui ont joué à Bruxelles un rôle dans la coordination et dans la logistique des attentats. On voit également Brahim Abdeslam s'entraîner au tir en Syrie ou en Irak. Le visage de son formateur est flouté.


La vidéo utilise un des artifices classiques de la propagande qui consiste à renverser le rôle des bourreaux et des victimes. Daech s'érige en bannière du monde musulman et en victime du monde occidental tout en décapitant des otages qui sont pour la plupart du temps musulmans, chiites ou sunnites dans le cas des Kurdes. Plusieurs victimes à Paris étaient aussi de confession musulmane.

Le Français Samy Amimour montre une certaine impatience devant l'énorme majorité de ces musulmans qui “restent les bras croisés” dans les pays occidentaux “vous qui vivez, qui dormez, qui mangez avec ces kouffars (ces mécréants)”.

Un dernier paradoxe est que ces islamistes, qui revendiquent un retour à l'islam des origines, s'inspirent largement des séries TV américaines et des jeux vidéos. “La séquence utilise les principes de téléréalité comme 'Cops' et reflète la culture clip”, explique Alain Lorfèvre, journaliste à la Libre Belgique et spécialiste du cinéma. “Les images sont montrées très rapidement. Elles créent une sorte de frénésie. Ils s'inspirent aussi des jeux vidéos en incrustant des cibles sur des responsables politiques. Ils utilisent des codes de la télévision du monde occidental...qu'ils critiquent par ailleurs”.