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A l’image du référendum constitutionnel de 2017, la Turquie s’est à nouveau divisée en deux camps dimanche lors d’élections législatives et présidentielle. Un camp pro-Erdogan soutenu par l’Anatolie centrale et diverses villes importantes du pays, comme Istanbul et Konya. Une opposition qui l’emporte dans les provinces proches de la Bulgarie et sur la côte, notamment à Izmir, bastion du candidat du CHP, Muharrem Ince. A l’est, le HDP prokurde, mené par son leader en prison Selahattin Demirtas, passe la barre stratégique des dix pour cent, ce qui lui assure une soixantaine de sièges au parlement.

Selon les résultats sur 99,65 % des voix diffusés par l’agence officielle Anadolu, le président sortant Recep Tayyip Erdogan est à la fois assuré de conserver sa présidence et de maintenir une majorité au sein de la Grande assemblée, qui comprendra désormais 600 députés.

Anadolu le crédite d’environ 52,58 % des voix à la présidentielle, contre 30,64% à Muharrem Ince (CHP, social-démocrate kémaliste), 8,39% à Selahattin Demirtas, le candidat du HDP prokurde en prison, et 7,3% à Meral Aksener, la dissidente du parti ultranationaliste. Les résultats des élections parlementaires confirment la tendance et donnent aussi une majorité de 53,5% au parti islamo-conservateur d’Edogan, l’AKP, allié aux ultranationalistes du MHP.

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Victoire éclatante dans l’électorat turc de Belgique

A noter que la Belgique pourrait de nouveau être le pays au monde, en ce compris la Turquie, où les électeurs turcs sont les plus favorables à Erdogan, soit une victoire d’environ 75% après dépouillement de plus de 80% des urnes. L’électorat turc est plus pro-AKP en Belgique qu’il ne l’est dans des pays comme l’Egypte ou l’Arabie saoudite, où les ressortissants turcs sont cependant moins nombreux. Paradoxalement, l’AKP fait un meilleur résultat en Belgique que dans la province d’Afyon, dans le centre de la Turquie, d’où est originaire une bonne partie de l’immigration turque dans notre pays. L’AKP y est crédité là de 55,4% des voix.

Alors que l’opposition contestait dimanche soir les chiffres d’Anadolu, les premiers chefs d’Etat félicitaient M. Erdogan pour sa victoire. Parmi eux, le président hongrois Viktor Orban, qui a été selon Ankara le premier dirigeant d’un pays de l’UE à saluer le président turc. Le président russe Vladimir Poutine a souligné lundi matin la « grande autorité politique et le soutien massif » dont bénéficie M.Erdogan. L’UE, a indiqué à Bruxelles sa haute-représentante Frederica Mogherini, attend la publication du rapport des observateurs de l’OSCE avant de faire une déclaration.

Erdogan s’est déclaré vainqueur dès dimanche soir, peu avant 22 heures. Ce lundi matin, il a déclaré vouloir agir avec la force qui lui a été donnée par les électeurs. « La Turquie n’a pas de moment à perdre, nous le savons. Notre drapeau va flotter plus librement. La paix de chaque citoyen va avancer », a-t-il dit. Il a aussi promis de combattre « les organisations terroristes » et de « continuer le combat pour rendre les territoires syriens plus libres ».

De son côté, Muharem Ince a admis sa défaite en déclarant sur le coup de 11h. « J’en appelle à Erdogan, soyez le président de chacun. C’est mon attente. J’accepte le résultat des élections ». Le député a promis de poursuivre son combat au parlement. « Y a-t-il eu fraude ? Bien sûr. Y a-t-il eu fraude pour impacter 10% (des votes) ? Non », a-t-il ajouté.

.Vers une hyper-présidence

Avec ces résultats, Erdogan engrange une victoire importante. Premier ministre durant onze ans, président depuis 2014, Erdogan s’assure un nouveau mandat de cinq ans renouvelable une fois. Il pourrait présider ce pays clé entre Europe et Asie jusqu’en 2028, y compris lors du centième anniversaire de la République, fondée par Mustafa Kemal Atatürk en 1923.

Il obtient aussi, en adossant son parti islamo-conservateur AKP aux ultranationalistes du MHP, une majorité confortable à la Grande Assemblée.

Erdogan pourra ainsi entamer son "hyper-présidence" sans crainte d’être sanctionné par le parlement. L’AKP et le MHP comptabilisent ensemble près de 340 sièges sur un total de 600 sièges.

En vertu de la réforme constitutionnelle votée de justesse l’an dernier, Erdogan pourra ainsi désigner six membres du Haut Conseil des juges, l’instance qui est chargée de nommer et de destituer le personnel judiciaire. Le Parlement, où il aura la majorité, pourra en désigner sept.

La fonction de Premier ministre est supprimée.

Il faudra au moins une majorité des trois cinquièmes à la Grande Assemblée pour pouvoir réclamer une enquête sur le président si celui-ci est accusé ou soupçonne d’avoir commis un délit. Autant dire qu’avec ce nouveau soutien électoral, il aura les pouvoirs quasi absolus.