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Le groupe Etat islamique (EI) est sur le point d'être défait dans ses derniers réduits en Syrie mais il a créé la surprise en annonçant son retour dans le nord-ouest du pays, contrôlé par un groupe jihadiste rival.

Selon des experts, l'EI cherche à tirer profit de l'actuelle offensive du régime à Idleb, province du nord-ouest syrien, pour tenter de redorer son blason après la chute fracassante de son "califat" en Syrie et en Irak.

Attaques ponctuelles, enlèvements de soldats du régime: ces derniers temps, l'organisation ultraradicale ne ménage pas sa communication sur les réseaux sociaux pour prouver sa présence dans la province d'Idleb, qui échappe entièrement au pouvoir de Bachar al-Assad.

Le 12 janvier, l'EI qualifiait même Idleb de "Wilaya", province sous son contrôle. Mais dans les faits, cette région est tenue par ses rivaux de Hayat Tahrir al-Cham, groupe jihadiste formé par l'ex-branche d'Al-Qaïda.

A Idleb, "il y a probablement des centaines, peut-être un millier de (combattants de l'EI), tout au plus", relativise Aymenn Jawad al-Tamimi, spécialiste des mouvements jihadistes.

Cette "enclave" a vu le jour grâce à l'arrivée "d'hommes de l'EI fuyant d'autres territoires", explique-t-il, précisant qu'il s'agit d'une "extension" de leur présence dans la province voisine de Hama.

"Sortis de nulle part"

Mais le contrôle territorial du groupe est limité à cinq villages seulement, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'EI affirme en outre avoir tué une vingtaine de soldats du régime et pris en otage une vingtaine d'autres près de l'aéroport militaire d'Abou Douhour, un des objectifs de l'actuelle offensive des forces progouvernementales.

Si l'OSDH confirme l'enlèvement de 31 soldats du régime, l'ONG -qui dispose d'un vaste réseau de sources sur le terrain- estime que la grande majorité d'entre eux sont détenus par d'autres groupes.

Le sort de six soldats reste toutefois inconnu, précise le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

C'est en décembre que les combattants de l'EI ont effectué une première incursion dans la province d'Idleb, dont ils avaient été chassés en 2014 par d'autres groupes d'insurgés.

"Ils sont sortis de nulle part mais l'EI était soupçonné d'avoir des cellules dormantes à Idleb", explique Hassan Hassan, du Tahrir Institute for Middle East Policy, groupe de réflexion basé à Washington.

L'analyste "doute que l'EI puisse devenir significativement plus important dans ce secteur". Il reconnaît toutefois qu'il s'agit d'un "moment opportun pour étendre son influence et revitaliser ses cellules".

"C'est le moment parfait pour l'EI pour faire du bruit", dit-il, assurant que le groupe "utilise la médiatisation de l'offensive (du régime syrien à Idleb) pour exagérer son rôle" dans le secteur.

"Gagner en popularité"

Appuyées par l'aviation de leur allié russe, les forces prorégime ont lancé le 25 décembre une opération pour reconquérir le sud-est de la province d'Idleb, reprenant plusieurs villages et localités du secteur.

"Idleb est maintenant devenue une importante cause rebelle. Tout le monde essaye donc de gagner en popularité en mettant en avant son rôle dans la défense de la région", décrypte M. Hassan.

Avec son ancrage à Idleb, l'EI chercherait également à tirer profit des luttes intestines entre les différents organisations jihadistes et rebelles pour attirer à lui des combattants membres d'autres groupes mais qui partagent son idéologie extrémiste, explique Nawar Oliver, expert auprès du centre de réflexion Omran, basé en Turquie.

Pour l'analyste Charlie Winter, il est toutefois encore "trop tôt" pour prédire si l'EI est capable d'effectuer un retour en Syrie, un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a morcelé son territoire et fait plus de 340.000 morts.

Le groupe "est privé d'hommes, de ressources, d'armes, de ses réseaux pour mener des offensives stratégiques" comme il a pu le faire les années précédentes, précise-t-il à l'AFP.

Selon M. Winter, la communication du groupe autour d'Idleb consiste à dire une chose: "Nous sommes toujours là, nous nous agitons et si nous devons nous retirer d'un territoire, nous nous réinstallons ailleurs+".

En terme de propagande, explique l'analyste, "c'est mieux que rien".