Laszlo Csatary, un revenant qui gêne Budapest

Christine Dupré Publié le - Mis à jour le

International Correspondante en Europe centrale

La découverte de Laszlo Csatary, un homme de 97 ans vivant tranquillement dans son appartement à Budapest, par des journalistes du "Sun", le premier tabloïd britannique - agissant sur un tuyau d’un informateur payé par le Centre Wiesenthal qui traque les criminels nazis - embarrasse le gouvernement et la justice hongroises.

Le vieil homme figure en effet au premier rang sur la liste des criminels de guerre nazis publiés par le centre Simon Wiesenthal. Il est accusé d’avoir, en tant que chef de la police, décrété la déportation de plus de 15 000 Juifs de Kosice, la ville slovaque qui entre 1938 et 1945 se trouvait sous contrôle hongrois. Des hommes, des femmes et des enfants d’abord envoyés en Ukraine, puis dans les camps de la mort nazis en Pologne, dont Auschwitz. Le dossier a atterri sur le bureau du substitut du procureur de la République, Jenö Varga.

Dans les années 42-44, Csatary a été responsable, outre les déportations, d’exécutions sommaires, de tortures et de traitements dégradants sur les Juifs de Kosice. Condamné à mort par contumace par la justice tchécoslovaque en 1948, l’homme s’était réfugié au Canada, avant de rentrer en Hongrie il y a 15 ans.

Comment a-t-il, apparemment, pu y vivre tranquillement, alors que depuis la chute du communisme se sont succédés des gouvernements de droite et de gauche, dont, pour cette dernière, le parti libéral SZDSZ, dont les dirigeants, anciens opposants au régime communiste, étaient souvent juifs ?

"Magyar Hirlap", quotidien proche de la gauche libérale, suggère que "la rapidité des alternances politiques" (5 en 20 ans) n’a pas permis à la justice d’étudier à fond ce genre de dossier". Ilona, juive athée, souligne pour sa part que les dirigeants religieux de la communauté avaient "bien d’autres soucis en tête, comme la rénovation de la grande synagogue de Budapest, et les marchés juteux de l’immobilier dans ce quartier". Ilona n’exclut pas que certains Juifs hongrois, mis au courant par le centre Wiesenthal, aient choisi de se taire pour passer des compromis avec les principales forces politiques. Le centre d’analyse PoliticalCapital estime que le débat sur les criminels de guerre nazis hongrois avait été occulté par le Parti communiste et son successeur socialiste (MSZP) parce que "tout naturellement, le communisme avait éradiqué le fascisme".

Le gouvernement de droite de Viktor Orban - qui flirte avec l’extrême droite du parti Jobbik jusqu’à imposer aux théâtres publics de jouer des pièces d’auteurs antisémites d’avant-guerre - est, lui, soupçonné d’avoir délibérément refusé d’agir alors que voici plus d’un an, le Centre Simon Wiesenthal avait informé la justice hongroise de la présence de Csatary sur le territoire. Accusation qu’a démenti le gouvernement, par communiqué lundi.

L’antenne du Centre Wiesenthal à Budapest estime "juridiquement possibles" des poursuites contre M. Csatary, condamné par contumace en 1948 par un Etat tchécoslovaque aujourd’hui disparu, puisqu’il avait, dès 1941, procédé à la capture de Juifs hongrois. Tout sera question de pressions et de volonté politique.

Les services du procureur font savoir qu’"une enquête est en cours". Dans un communiqué, le parquet de Budapest a indiqué qu’il avait lancé le 11 septembre 2011 une enquête sur les accusations de crimes de guerre contre Lazslo Csatary, sur la base d’informations fournies par le Centre Simon Wiesenthal, sans citer le nom du suspect. Cette enquête est menée "contre X...", ce qui éloigne la perspective d’une arrestation et d’une inculpation rapides. De plus, "au regard des conventions internationales", l’éloignement temporel et géographique des faits reprochés à M. Csatary, "pose plusieurs problèmes légaux et d’investigation", selon le Parquet.

Publicité clickBoxBanner