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Aux Etats-Unis, la polémique enfle sur la séparation des enfants de migrants de leurs parents à la frontière mexicaine. L'administration américaine a révélé vendredi que sa nouvelle politique de tolérance zéro avait conduit depuis mi-avril 2.000 enfants à être séparés de leurs parents, arrêtés pour être entrés illégalement aux Etats-Unis.

Cette politique radicale soulève une marée de critiques, y compris chez les Républicains. L'ex-Première dame Laura Bush a, dans une opinion publiée par le Washington Post, ouvertement critiqué cette approche, qu'elle qualifie de cruelle et d'immorale. 

Voici la traduction de ce texte : 

Ce dimanche, un jour que notre nation a choisi pour honorer les pères et les liens familiaux, j’ai compté parmi les millions d’Américains qui ont vu ces images d’enfants arrachés à leurs parents. En six semaines, du 19 avril au 31 mai, le ministère de la Sécurité intérieure a envoyé presque 2000 enfants dans des centres de détention ou d’accueil. Plus d’une centaine de ces enfants ont moins de 4 ans. La raison de ces séparations est une tolérance zéro à l’égard de leurs parents, qui sont accusés d’avoir franchi illégalement nos frontières.

Je vis dans un Etat frontalier (le Texas - NdlR). Je suis sensible à la nécessité de faire respecter et de protéger nos frontières, mais cette politique de tolérance zéro est cruelle. Elle est immorale. Et elle me brise le cœur.

Notre gouvernement ne devrait pas en arriver à parquer des enfants dans d’anciens entrepôts réaménagés ou préparer leur installation dans des villes de tentes dans le désert près d’El Paso. Ces images nous rappellent étrangement les camps d’internement des Américains d’origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale, ce que nous considérons désormais comme l’un des épisodes les plus honteux de l’histoire américaine. Nous savons aussi que pareil traitement cause des traumatismes ; les Japonais qui ont été internés sont deux fois plus susceptibles de souffrir de maladies cardiovasculaires ou de mourir prématurément.

Les Américains se flattent de former une nation morale, d’être la nation qui envoie de l’aide humanitaire dans les régions dévastées par les catastrophes naturelles, la famine ou la guerre. Nous nous flattons de croire que les gens doivent être jugés sur leur personnalité, pas sur la couleur de leur peau. Nous nous flattons de notre tolérance. Si nous sommes vraiment ce pays, alors notre obligation est de réunir ces enfants détenus avec leurs parents – et, en premier lieu, de cesser de séparer les enfants de leurs parents.

Des gens de tous horizons s’accordent à dire que notre système d’immigration ne fonctionne pas, mais l’injustice de la tolérance zéro n’est pas la réponse. J’ai quitté Washington il y a presque dix ans, mais je sais qu’il y a des braves gens à tous les niveaux du gouvernement qui peuvent faire mieux pour régler cela.

Récemment, Colleen Kraft, qui dirige l’Académie américaine de pédiatrie, a visité un refuge administré par le Bureau américain de réinstallation des réfugiés. Elle a raconté qu’il y avait des lits, des jouets, des crayons de couleur, une aire de jeux et un stock de couches, mais que les employés avaient reçu pour instruction de ne pas prendre les enfants dans leurs bras ou même les toucher pour les réconforter. Pouvez-vous imaginer de ne pas prendre dans ses bras un enfant encore en âge de porter des couches !

Il y a vingt-neuf ans, ma belle-mère, Barbara Bush, a visité "Grandma’s House", un foyer pour enfants atteints du sida à Washington. A l’époque, à l’apogée de la crise du sida, la maladie était assimilée à une sentence de mort, et la plupart des bébés nés avec le virus étaient traités en "intouchables". Pendant sa visite, Barbara – qui était alors la Première Dame – a pris dans ses bras un enfant agité qui agonisait. Il s’appelait Donovan et elle l’a serré contre son épaule pour l’apaiser. Ma belle-mère n’a jamais considéré qu’étreindre ce fragile enfant avait été de sa part un acte courageux. Elle n’y a simplement vu que la seule chose à faire dans un monde qui peut être arbitraire, méchant, voire cruel. Elle qui, après la mort de sa fille à l’âge de 3 ans, savait ce qu’était la perte d’un enfant, croyait que chaque enfant a droit à la gentillesse, la compassion et l’amour.

En 2018, ne pouvons-nous pas, en tant que nation, trouver à la crise actuelle une réponse plus généreuse, plus compatissante et plus morale ? Moi, personnellement, je crois que nous le pouvons.

© AFP