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Le dossier dépasse déjà les 80 cm d’épaisseur. Et rassemble dans un bel œcuménisme épicurien les mondes politique, de la culture et, "last but not least", celui du secteur des bistrotiers. La cause en question qui vaudrait un procès en béatification ? C’est l’inscription des bistrots parisiens au patrimoine immatériel de l’Unesco... 

Quand on évoque les cafés parisiens, on songe aux petits canons de blanc ou de rouge, au "petit serré" dégustés au zinc mais aussi à l’œuf mayonnaise, à la blanquette de veau ou à l’un ou l’autre pâté à vous damner, apportés par des serveurs en grands tabliers noirs… immortalisés dans la littérature et au cinéma. Mais depuis les attentats de novembre 2015, ils sont plus que jamais des symboles de liberté. Car en visant leurs habitués, les terroristes ont aussi voulu s’en prendre à des lieux de cultures harmonieusement mélangées tout en ciblant un certain savoir-vivre à la française. 

Enfin, pas besoin d’être sorti de la Sorbonne pour se rendre compte que ce sont "des lieux uniques de mixité" selon Alain Fontaine, un bistrotier à la base de l’initiative. "Du café du matin jusqu’à tard le soir, toutes les catégories sociales s’y croisent. Ouvriers, employés ou directeurs, Parisiens ou touristes, tout le monde peut s’y interpeller et discuter"… Ceci explique la grande mobilisation pour qu’ils ne disparaissent pas de la scène parisienne… et provinciale. 

Au point de mobiliser des anthropologues et des sociologues à côté de personnalités culturelles aussi éclectiques que Jacques Weber, Pierre Arditi, Jean-Pierre Darrousin, ou "notre" Yolande Moreau… Il est moins cinq : il n’y a plus qu’un petit millier de bistrots dûment estampillés sur 14 000 établissements souvent (très, trop) standardisés…