Le Burundi fête le cinquantenaire de son indépendance

Marie-France Cros Publié le - Mis à jour le

International

C’est en présence du prince Philippe de Belgique que le Burundi fête le cinquantenaire de son indépendance, le 1er juillet 1962. Si celle-ci s’ouvrit sur moins de violences qu’au Congo voisin, elle n’en fut pourtant pas moins sanglante.

Quand se dessine la fin de la colonisation, le prince Louis Rwagasore, fils du roi Mwambutsa, crée en 1957-58 le parti Uprona (Union et Progrès national), favorable à l’indépendance immédiate, à la création de coopératives pour lutter contre la puissance des commerçants grecs et indiens et doté de préoccupations sociales.

Du coup, son rival Pierre Baranyanka crée - sans y entrer - le Parti démocrate-chrétien (PDC), qui a la faveur du colonisateur parce qu’il dit "non à l’indépendance immédiate" d’un Burundi "pas encore prêt". Le PDC et une série de particules forment le Front commun, appuyé par Bruxelles, qui gagne, de façon jugée sujette à caution, les premières élections au suffrage universel secret, en 1956. Celles de 1961, cependant, sont remportées par l’Uprona: l’impatience d’être indépendant et le charisme du Prince ont provoqué un raz-de-marée en sa faveur.

Un mois plus tard, Rwagasore est tué par un Grec agissant pour l’opposition, semble-t-il jusqu’aujourd’hui. L’assassin est condamné et exécuté précipitamment à la veille de l’indépendance. Un second Grec et quatre dirigeants du PDC seront pendus le 15 janvier 1963. Beaucoup de Burundais soupçonnent une main belge dans le crime et la reine-mère fera sensation en giflant publiquement le gouverneur, Jean-Paul Harroy, venu présenter ses condoléances à la Clinique Rodin (actuelle Clinique Prince Louis Rwagasore) où le corps du Prince reposait avant les obsèques. C’est dans cette atmosphère tendue qu’est prononcée l’indépendance, dont les suites ont été fertiles en violences, tout comme au Rwanda.

Ce dernier pays a à peine marqué le cinquantenaire de son indépendance - et n’y a pas invité la Belgique - survenue elle aussi le 1er juillet 1962: elle est jugée de façade, la Belgique ayant été étroitement liée aux régimes ethnistes hutus qui s’y sont succédé jusqu’au génocide des Tutsis - et des Hutus qui refusaient d’y prendre part - en 1994. Kigali préfère, en effet, célébrer la fin de ce dernier.

Soucieuse de son image, la Belgique a peu de réussites coloniales à son actif. C’est ce qui explique que, malgré la dérive du régime Nkurunziza, elle continue à l’aider : le ministre de la Coopération Paul Magnette (PS) a ainsi décidé de libérer une tranche "incitative" complémentaire de 50 millions d’euros, il y a une semaine, après avoir jugé suffisantes les réalisations du régime.

Il était aussi prévu que le prince Philippe décore une série de personnalités locales - ce que Bujumbura a décliné.

La gaffe diplomatique...

On s’interroge en outre, au Burundi, sur l’incompréhensible maladresse de l’ambassade de Belgique, qui a prévu la réception officielle pour Philippe et Mathilde à... l’hôtel Tanganyika - lieu de l’assassinat du prince Rwagasore !

Bruxelles a voulu voir le verre à moitié plein. Car si Pierre Nkurunziza, ex-chef d’une guérilla hutue, a été brillamment élu à la présidence en 2005, les élections de 2010 ont été marquées par le boycott de l’opposition qui dénonçait des préparatifs de fraude. Ce rejet est suivi, depuis lors, d’une répression très violente, qui a poussé à l’exil des dirigeants politiques, entraîné le retour au maquis d’une ex-guérilla hutue et ravivé les craintes d’une guerre civile. Les partis sont empêchés de fonctionner; ceux qui dénoncent la corruption du régime sont persécutés et les assassinats politiques se comptent par dizaines.

Alors que le colonisateur allemand réclame un prince à la famille royale, en gage, celle-ci lui envoie un parent non susceptible de régner, afin de sauvegarder l’ordre traditionnel, le jeune Pierre Baranyanka. Ce dernier, éduqué à l’européenne, dirigera la région de Kunkiko Mugamba sous la tutelle belge. Il sera aussi le premier Burundais à cultiver le café, dans lequel il fera fortune au point d’être plus riche que le Roi - une anomalie dans la société traditionnelle.

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