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Deuxième étape de son marathon diplomatique destiné à sauver l'accord nucléaire abandonné par les Etats-Unis, le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Zarif se rend à Moscou lundi, dans un contexte de rare rapprochement de la Russie avec l'Europe.

M. Zarif a entamé sa tournée diplomatique dimanche à Pékin et se rendra après ses entretiens dans la capitale russe à Bruxelles, où il rencontrera ses homologues français, allemand et britannique. Il aura alors fait le tour des cinq puissances qui, outre les Etats-Unis, avaient signé avec l'Iran le texte de 2015.

Après avoir rencontré son homologue chinois dimanche, le ministre iranien a semblé afficher un optimisme prudent quant aux possibilités de sauver cet accord historique, qui prévoyait une levée des sanctions visant son pays en contrepartie de l'engagement de la République islamique de ne pas se doter de l'arme nucléaire.

A Moscou, il devra s'assurer du soutien de son allié alors que le président russe Vladimir Poutine a multiplié les contacts vendredi en s'entretenant avec la chancelière allemande Angela Merkel après le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaçant la Russie au centre du jeu après le retrait fracassant des Américains.

Lors d'une rencontre jeudi à Téhéran, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov et son homologue iranien Abbas Araghchi avaient souligné leur "attachement à la sauvegarde de l'accord".

M. Poutine s'était pour sa part dit mercredi "profondément inquiet" de la décision de Donald Trump.

La préservation de l'accord devient ainsi un objectif commun à Moscou et aux Européens, événement rare vu les tensions de ces dernières années, alimentées par les dossiers syrien et ukrainien et récemment renforcées par l'empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal en Angleterre.

"La coopération (entre les Européens) et la Russie, qui semblait hier encore impossible avec l'affaire Skripal, les expulsions croisées de diplomates et l'affaiblissement des contacts, bénéficie désormais d'un nouvel élan", souligne Andreï Baklitski, analyste au centre de recherche russe PIR.

Mme Merkel est attendue le 18 mai à Sotchi, dans le sud de la Russie, pour une rencontre avec Vladimir Poutine, tandis que le président français Emmanuel Macron doit se rendre à Saint-Pétersbourg fin mai.

M. Poutine rencontrera également Yukiya Amano, le directeur de l'Agence mondiale atomique à Sotchi, selon son conseiller Iouri Ouchakov.

'Cadre futur clair'

La Russie s'est imposée ces dernières années comme un acteur majeur au Proche-Orient, un rôle renforcé par son intervention militaire en Syrie lancée en 2015 en soutien à Bachar al-Assad. Elle entretient de bons rapports avec des pays aux intérêts divergents et parfois rivaux, de l'Iran à la Turquie en passant par Israël.

Longtemps antagonistes, la Russie et l'Iran ont vu leurs relations s'améliorer avec la fin de la Guerre froide. Alors que Téhéran était au ban des nations, Moscou a accepté de reprendre au milieu de la décennie 1990 le contrat de construction de la centrale nucléaire de Bouchehr (sud de l'Iran), abandonné par l'Allemagne.

Des experts estiment que la Russie pourrait bénéficier économiquement du retrait américain, étant moins exposée que l'Europe aux conséquences du rétablissement de sanctions contre la République islamique.

Les Iraniens espèrent désormais "être capables d'établir un cadre futur clair pour l'accord", selon M. Zarif, qui a nénamoins averti que l'Iran était "prêt pour toutes les options" si ses intérêts n'étaient pas assurés.

Vendredi, il avait d'ailleurs affirmé que Téhéran se préparait à reprendre "l'enrichissement industriel" d'uranium "sans aucune restriction" à moins que l'Europe ne fournisse de solides garanties de maintien des relations commerciales avec l'Iran.

L'accord a été conclu en juillet 2015 après des années d'âpres négociations entre l'Iran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). Aux termes de l'accord, Téhéran a accepté de geler son programme nucléaire jusqu'en 2025.