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La vente d'animaux sauvages représente dans le monde quelque 18 milliards d'euros par an (plus de 726 milliards FB), dont 4,5 milliards gagnés par la fraude. Le commerce illicite des espèces sauvages vient juste après celui de la drogue, auquel il est parfois directement lié.

En Amérique du Sud, il existe ainsi des élevages de crocodiles destinés à blanchir l'argent de la drogue, elle-même parfois expédiée dans le ventre d'un boa.

Cette braderie des ressources naturelles, qui concerne aussi bien les animaux vivants que morts et les produits qui en sont issus (peaux, ivoire, cornes...), est gigantesque.

Rien que sa partie légale, selon Jean-Patrick Le Duc, adjoint au chef des relations internationales du Museum, ancien responsable de la lutte contre la fraude à la Convention internationale sur le commerce des espèces menacées (CITES) et expert auprès de l'Organisation mondiale des douanes (OMD), porte annuellement sur 20.000 à 30.000 singes, 2 à 5 millions d'oiseaux vivants, 10 à 15 millions de peaux de reptiles et 500 à 600 millions de poissons d'ornement.

La plus grosse part des bénéfices se réalise en dehors des pays d'origine. Un lot de deux cents perroquets gris du Gabon, note le Pr Le Duc, passe de 4.000 dollars après capture à 20.000 dollars au départ d'Afrique puis à un prix de gros de 150.000 dollars et de 300.000 dollars au détail.

En théorie, les frontières entre le commerce légal et illégal sont claires. La CITES, adoptée en 1973 à Washington et ratifiée à ce jour par 153 pays, divise les espèces en trois annexes, selon le degré de danger pesant sur elles, allant d'une commercialisation contrôlée à une interdiction totale. Les législations nationales ou régionales, dont celles de l'Union européenne, s'en inspirent largement.

Mais pour bien les appliquer et identifier avec certitude les espèces concernées, il faut des compétences que l'on peut difficilement demander à un douanier ou à un policier.

Sylvain Posière, de la Direction des services vétérinaires (DSV), ne se fait aucune illusion sur l'efficacité des contrôles. "Comment distinguer dans une animalerie les poissons dont la vente est autorisée de l'espèce protégée", lance-t-il, "alors que la différence peut tenir uniquement au nombre de leurs écailles latérales? Comment savoir que le python exposé fait bien partie du lot importé avec les papiers en règle?".

Pour brouiller les pistes, les types de fraude les plus importants en valeur sont ceux liés à la réexportation de spécimens différents des animaux importés et les fausses déclarations d'animaux nés en captivité, précise Jean-Patrick Le Duc.

Viennent ensuite d'autres pratiques dans lesquelles le tourisme, en nombre de spécimens de petite taille exportés, occupe la première place. Une élégante mallette de cuir peut cacher des cages pour oiseaux exotiques, un gros livre abriter des mygales, le soutien-gorge d'une femme exagérément opulente des dizaines d'oeufs qui valent de l'or.

Les services de déminage d'un aéroport ont été récemment appelés en urgence pour inspecter un bagage émettant un bruit rappelant celui d'une minuterie: l'un des serpents à sonnette transportés s'était débarrassé du morceau de scotch collé sur son appendice caudal pour le rendre silencieux.