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Ce mercredi 1er mai, en fin d’après-midi, il y avait de l’animation à Vaerebroparken, un quartier sensible à Bagsvaerd (nord-ouest de Copenhague). Des enfants jouaient avec leurs mères, des habitants rentraient des défilés de la fête du Travail quand des détonations ont éclaté. Les balles ont sifflé, provoquant la panique dans les rues. Certains se sont réfugiés dans le supermarché de la place, d’autres se sont terrés dans leurs voitures ou sous les bancs publics.

Cette nouvelle fusillade entre bandes rivales n’a fait miraculeusement aucune victime, brisant uniquement les vitres d’un appartement. Pour la police, il s’agit de la 36e attaque en pleine rue depuis le début de l’année, notamment dans la capitale et sa grande banlieue.

Jeudi, au petit matin, les policiers en grand nombre ont mené de nouvelles opérations coups de poing dans plus d’une soixantaine de lieux, entre autres dans un club de la bande de motards Bandidos, sur l’île de Seeland. Au total près de 40 personnes ont été arrêtées. Des armes et de la drogue ont également été saisies.

Cette action policière fait suite à d’autres tout aussi musclées, entreprises pour mettre un terme à la guerre entre bandes rivales qui a fait trois morts et des dizaines de blessées de janvier à mars, marquant une nouvelle recrudescence du conflit entre les gangs qui a ébranlé, à intervalles réguliers, le paisible Danemark depuis les années 90.

La guerre entre les Hell’s Angels, les Bandidos et des bandes d’origine étrangère est alimentée par le marché juteux de la drogue et le contrôle de "territoires", selon la police. Après de nouveaux affrontements sanglants en 2008-2009, le gouvernement libéral-conservateur précédent, en dépit d’un "plan antibandes" et "tolérance zéro" envers la violence meurtrière, avait reconnu son impuissance face au cycle infernal de "l’œil pour œil et dent pour dent".

Résurgence d’un conflit dormant

Après une accalmie relative, due également aux efforts incessants des policiers qui surveillent les bandes de près, la hache de guerre a été déterrée en janvier. "Nous ne savons pas concrètement pourquoi le conflit a resurgi. Il existe depuis des années, mais l’intensité avait baissé depuis deux ans" , explique Michael Ask, chef du centre d’investigations de la police nationale.

Mais depuis la fin de l’automne 2012, les bandes se sont regroupées, de nouvelles entités sont apparues comme "Loyal to Familia" (LTF, Loyaux à la famille) et Vaerbro Haarde Kerne (Noyau dur de Vaerebro - VHK), dont les membres, âgés de 18 à 25 ans, sont un mélange de personnes d’origine étrangère, et de Danois de souche. "Ils sont issus typiquement de milieux défavorisés, en proie à des problèmes sociaux et souvent sans emploi", observe Michael Hviid Jacobsen, professeur à l’université d’Aalborg, spécialiste, entre autres, de la criminalité des bandes.

Craignant une nouvelle escalade de la violence, qui préoccupe la population apeurée dans certains quartiers des villes, le gouvernement de centre-gauche, a décidé de frapper une nouvelle fois du poing sur la table. "Jamais on n’a fait autant d’efforts dans la lutte contre les bandes" , a constaté le ministre de la Justice Morten Boedskov, en charge de la police. "362 membres des bandes sur 1 647 enregistrés dans nos fichiers sont actuellement derrière les barreaux pour tentatives de meurtre, trafic de drogue, violences, port illégal d’armes et autres délits. C’est un chiffre record", relève de son côté Michael Ask. "Mais cela ne signifie pas que le conflit est terminé" , a-t-il ajouté.

Pour le maire-adjoint de Copenhague Mikkel Warming, une légalisation de la vente du hashchish comme aux Pays-Bas "conduirait à moins de criminalité et à moins d’argent dans les poches des bandes criminelles qui vivent grassement aujourd’hui du commerce du cannabis" . Mais le gouvernement n’est pas prêt à faire le saut.